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A VTT dans l'Atlas Marocain.
A VTT dans l'Atlas Marocain.
Vers le Cirque de Jaffar.
Vers le Cirque de Jaffar.
A l'ombre des cèdres: Patricia a une petite faim...
A l'ombre des cèdres: Patricia a une petite faim...
Notre hôtesse, la femme du Mokadem.
Notre hôtesse, la femme du Mokadem.
A la sortie des gorges: intérieur rustique à l'heure du thé.
A la sortie des gorges: intérieur rustique à l'heure du thé.
Dans les gorges: obscur...
Dans les gorges: obscur...
Les greniers d'Aoujgal: spectaculaire.
Les greniers d'Aoujgal: spectaculaire.
Vire des greniers d'Aoujgal: ça craint !
Vire des greniers d'Aoujgal: ça craint !
Oued Attach: une des innombrables traversées à gué.
Oued Attach: une des innombrables traversées à gué.
Taghzout: nos hôtes autour du "tajine patate".
Taghzout: nos hôtes autour du "tajine patate".
Le petit col vers 2300 m...
Le petit col vers 2300 m...
Au début de la "Piste des Cols": ça monte et ça fait pas semblant...
Au début de la "Piste des Cols": ça monte et ça fait pas semblant...
Piste des Cols: on s'élève au dessus du désert.
Piste des Cols: on s'élève au dessus du désert.
Piste des Cols: encore u peu de vie vers 3000 m, des moutons.
Piste des Cols: encore u peu de vie vers 3000 m, des moutons.
Piste des Cols:tente de nomades.
Piste des Cols:tente de nomades.
Bivouac dans l'école: la maitresse a un petit coup de fatigue...
Bivouac dans l'école: la maitresse a un petit coup de fatigue...
dernier col en vue !
dernier col en vue !
Au dessus de Batli: bien longtemps qu'un 4X4 n'est pas passé par ici...
Au dessus de Batli: bien longtemps qu'un 4X4 n'est pas passé par ici...
La fin de la descente "destroy" de la Piste des Cols vue d'en face, au dessus de Batli.
La fin de la descente "destroy" de la Piste des Cols vue d'en face, au dessus de Batli.
Remontée au dessus de Batli: parfois à pied !
Remontée au dessus de Batli: parfois à pied !
Remontée au dessus de batli: parfois à vélo...
Remontée au dessus de batli: parfois à vélo...
Intérieur berbère (Patricia dort...)
Intérieur berbère (Patricia dort...)
Intérieur berbère
Intérieur berbère

Une traversée en vtt de l'Atlas marocain (part 1/2)

Par francois, le 18.11.08

TRAVERSÉE de L’ATLAS : 700 km entre Midelt et Skoura


La pression monte...



La matinée à MRK démarre plutôt bien : copieux peti-dej à la terrasse d’un beau bistrot, puis 1ers achats de quelques viennoiseries. Mais ça ne dure pas, il faut déjà penser à remonter les vélos ! Je m’en occupe tandis que Patricia part en vadrouille à la recherche en vrac de : argent liquide, bus pour Midelt, etc.…
Elle en revient un peu dépitée : la gare routière près de laquelle on avait choisi l’hôtel n’est pas la bonne ! Il faut qu’elle aille voir vers la place Djamaa El Efna… c’est le temps qu’il me faut pour remonter le 2eme vélo. Tout se passe bien pour moi, pas de mauvaise surprise comme l’année dernière au Chili. Patricia revient assez vite avec des billets pour Midelt ; toute contente, comme j’ai fini les vélos et qu’il est encore tôt (à peine 10 h), elle me propose d’aller faire un saut sur cette place un peu mythique de Djamaa El Afna, le cœur de MRK. Le bus n’est qu’à 12h30, on a effectivement peut-être le temps de faire un A/R en bus…
L’endroit est effectivement haut en couleur mais rien à voir avec le Grand Marché de Niamey, lui parfaitement authentique ; ici, tout est trop bien léché, aseptisé. Il est vrai qu’on ne voit que peu de choses et on n’a pas le temps de s’enfoncer très profondément dans le souk.
De retour à l’hôtel, en bouclant les sacoches sur les vélos, je m’aperçois que j’ai oublié les tendeurs. Démarre alors une folle poursuite contre la montre (il ne reste qu’1/2h) à la recherche d’un droguerie puis d’un hypothétique marchande de vélos qu’on trouvera après être passés 3 fois devant sans le voir ; c’est normal, il est fermé… Je cours, Patricia s’énerve et je casse une de mes super chaussures à 3 E, me voila faisant du cloche-pied sur les trottoirs brulants de MRK. Le ton monte et l’ambiance chauffe… On retrouve notre hôtel, les vélos et on part pour la gare routière. Tractations sur les prix à cause des vélos entre le rabatteur et le chauffeur ; finalement, tout s’apaise ; on a le temps, le bus ne part que plus tard et le rabatteur m’amène acheter des tendeurs au Monoprix du coin, c’était pas compliqué…
Et vers 13h, le bus s’ébranle doucement pour Midelt, 500 km et 7 h plus loin. Il fait chaud, c’est dur mais on est enfin partis. Paysage monotone, chaud et poussiéreux, un peu d’orage en soirée… On arrive à Midelt vers 20h, il fait nuit mais l’hôtel où Patricia a réservé est plutôt sympa et agréable. Un bon tajine et le thé (premier d’un longue série) nous y attend. J’achète dans la rue une paire de sandales, nuit agréable, il fait frais à 1500 m.


Le vrai départ.

Le lendemain, beau temps, température agréable au matin, < 20° ; derniers achats de quelques victuailles (histoire de charger un peu les vélos) ; 1er allumage du GPS qui fonctionne à merveille et nous guide au départ de la piste à travers les faubourgs. Cette fois, c’est le vrai départ ! Le goudron laisse bientôt la place à une bonne piste qui sillonne une campagne cultivée : on est en pleines moissons, les gens utilisent des petites batteuses de fabrication Turque. Il y a beaucoup de monde autour : "Bonjour, comment ça va ? Labes, ça va bien merci".
Le compteur tourne et les kilomètres commencent à s’aligner ; la campagne est de plus en plus vide, le premier embranchement survient, pas de panneau, première interrogation sur l’itinéraire… Le GPS nous indique la bonne piste : grâce à lui on gagne un temps précieux et on se sent rassurés. Mais la piste monte et la température aussi : un arrêt sous un des rares arbres du coin s’impose. A l’ombre, il fait encore un peu frais ; tout va bien, on a déjà fait une vingtaine de kms mais il faut repartir avant qu’il ne fasse trop chaud. La piste monte, l’altitude aussi, bientôt 2000 m. Nous rencontrons 2 charmantes petites filles qui nous invitent ‘à prendre le thé à la maison ‘ : il y a un carrefour et je pense que c’est à gauche mais les gamines nous crient que c’est à droite. Devant leur insistance, je sors le GPS : mais non, c’est bien à gauche ! Nous finissons par comprendre que les gamines n’hésitent pas à nous induire en erreur pour qu’on passe devant chez elles ; c’est dommage pour la cote de l’accueil Berbère qui en prend un bon coup… Après une raide monté ou il faut même pousser les vélos (premier poussage d’une longue série…), nous débouchons vers 2200 m sur un petit col qui domine le célèbre cirque de Jaffar. Malgré la renommée du lieu nous n’avons encore rencontré aucun 4X4, nous sommes contents. C’est beau, nous faisons quelques photos quand 2 jeunes filles arrivent de nulle part et nous invite ‘à prendre le thé sous la tente’ : la tente est un peu plus bas sur notre route, nous sommes un peu fatigués, pourquoi pas ? Une belle descente un peu technique à flanc de montagne nous y amène. Il fait chaud malgré les nuages qui s’amoncellent et l’ombre de la tente est appréciable. Très vite les filles raniment un peu de braise et l’eau bout. Elles parlent quelques mots de français mais la conversation est vite limitée. Pa contre, le thé est bien sucré, accompagné de pain et d’une sorte de crème de lait de chèvre entre le beurre et le fromage. Au moment de repartir, cruelle déception : nous leurs offrons une dizaine de Dihrams mais elles en veulent 15 fois plus !C’est vraiment exagéré et nous les plantons là avec 10 Dh. Nous comprenons qu’à l’avenir il faudra se méfier et discuter les prix avant ; et surtout, ne pas faire confiance aux enfants ! L’accueil Berbère n’est plus ce qu’il était…
Nous continuons la descente dans le cirque au fond duquel sont installées quelques maisons. Des ribambelles de gamins en sortent en nous criant ‘viens prendre le thé à la maison’ : c’est bon merci on a compris et malgré la pluie qui tombe et l’orage qui menace, nous continuons notre route. Petit détour d’un dizaine de kms A/R pour s’enfiler dans une gorge étroite empruntée par la piste et l’oued Jaffar ; c’est assez spectaculaire. Descente sympa avec le vent dans le dos, remontée plus athlétique avec le vent de face qui s’engouffre violemment dans la gorge. C’est là que je sens un jeu étrange du coté gauche : la manivelle est mal serrée et il me faudrait un clé allen de 8 que je n’ai pas ; je bricole avec une pince mais je dois m’arrêter tous les 2 ou 3 km pour resserrer ; inquiétant et pénible…


Première vraie rencontre :

S’ensuit une belle remontée où nous croisons nos premiers cèdres de l’Atlas ; la piste serpente et épouse toutes les ondulations du terrain, c’est très beau. En fin d’après-midi nous arrivons non loin de la maison forestière d’Imitkane ; un gars vient nous inviter à passer la nuit chez lui ; un peu échaudés par nos premières expériences, nous hésitons. On lui demande s’il y a quelqu’un à la maison forestière : ‘oui mais pas de femme ! Traduire : pas de souper, venez chez moi ! Nous montons quand même vers la maison forestière : un couple y vit avec ses enfants. Sympas, ils nous montrent une belle source où nous pouvons boire et nous laver. Le père fait signe à son fils d’aller chercher quelque chose : il en revient avec un sac plein d’abricots, c’est vraiment gentil. On leur explique qu’on aimerait bivouaquer non loin de là, le coin est beau. Très vite, le mari nous invite, sans ambiguïtés ; nous acceptons. Ils nous font entrer dans ce qui doit être leur salon : des tapis par terre, des coussins contre les murs et une table basse. Nous pouvons nous reposer, surtout que la femme apporte très vite du thé, du pain avec un petit bol d’huile d’olive ; le tout est excellent. Le père baragouine quelques mots de français et à l’aide quelques gestes la conversation s’engage, un peu limitée quand même. Ils vivent là toute l’année, le garçon va à l’école du village à une quinzaine de kms . Quelques verres de thé plus tard, l’épouse (qu’on ne voit pratiquement jamais) revient avec un tajine fumant : patates, tomates, un bout de vieille chèvre pour donne du gout (et ça en donne !) . On mange avec les doigts et à l’aide de gros morceaux de pain tout frais; nous avons faim et nous régalons. Bientôt, nos hôtes se retirent : on comprend qu’ils vont nous laisser dormir dans la pièce, ils semblent en avoir une autre à leur disposition où ils vont dormir tous ensemble. Excellente nuit réparatrice après une première étape de 65 km et 1200 m de dénivelé…
Réveil vers 6h : petit déjeuner avec thé, pain, miel, beurre, ça convient bien à Patricia. Et nous quittons nos hôtes vers 7h. La piste est bonne et descend doucement vers une vallée au fond assez plat et cultivé. Un km avant le premier village, un gamin nous siffle de loin et court vers la piste où nous allons bientôt passer. Il semble très excité : ‘M’sio, m’sio, c’est pas la bonne piste !’ Echaudés par les petites mésaventures d’hier, nous ne lui faisons pas confiance et continuons. Effectivement, la piste est coupé par un récent orage mais en vélo, ça passe. Le gamin est de plus en plus excité : ‘M’sio, donne moi queq’chose !’ et s’accroche au vélo de Patricia en manquant de la déséquilibrer : elle s’arrête et l’engueule, j’en rajoute une couche. D’autres gamins arrivent et commencent sérieusement à nous énerver.


Je finis par leur crier un sonore ‘ta gueule !’ qui fait son petit effet : ils finissent par nous lâcher dans le village. Dommage, celui-ci semble sympa : l’eau coule dans les rigoles et les canaux, des femmes lavent le linge ou le blé, nous disent bonjour avec de grands signes ; en fait, seuls les gamins sont pénibles avec leur ‘m’sio, donne moi … !’ Au village suivant, ça se passe mieux ; nous nous débarrassons assez vite des gamins en haussant un peu le ton ; c’est le métier qui rentre !


Où les avis divergent...


Et la piste continue ; après un petit col, nous arrivons sur une petite route goudronnée qui nous amène en 5 kms à Tounfite : c’est un gros bourg avec pas mal d’animation puisque c’est le jour du souk ; il y a même un hôtel ! Bizarrement, nous ne sommes plus importunés par les gamins. Il fait chaud, je me sens un peu fatigué et j’ai envie de m’arrêter un instant boire un thé à la terrasse d’un bistrot ; je sens que Patricia n’est pas tout à fait du même avis… Au café, un gars sympa nous aborde, on discute. Il nous dit (entre-autre) que si nous voulons dormir à Assaka (20 kms plus loin), il faut demander le Mokadem (prononcer ‘m’gdem’, un genre de maire) qui est un ami à son père ; info utile…
Après un petit passage au cyber café –il y en a un !-, on repart ; le temps est orageux. Ca démarre par une montée à un petit col au sommet duquel une pause casse-croute est bienvenue à l’ombre d’un grand cèdre. Le tonnerre gronde, on surveille de près l’état du ciel, notre cèdre isolé doit constituer un excellente paratonnerre… Très belle descente bien roulante de l’autre coté ; ça y est, il pleut…15 kms plus loin, sur la route d’Assaka, un autre cèdre semble propice à Patricia pour y faire une petite sieste… Mais nos avis divergent : je trouve le temps très orageux et j’aimerais arriver quelque part –par exemple chez le Mokadem- pour se reposer à l’abri. On repart donc, mais Patricia est contrariée ; très énervée, elle monte comme une fusée sur cette piste pourtant raide ; elle veut visiter les gorges d’Assaka ce soir ; pour ma part, je n’y crois pas trop, d’autant plus qu’il est dangereux de s’aventurer dans les gorges d’un oued par temps d’orage. Emportés par son élan, nous traversons le village d’Assaka. La première personne que nous rencontrons semble être l’idiot du village ; et bien non, c’est le Mokadem en personne à qui j’explique tant bien que mal que nous aimerions dormir au village. Il nous invite chez lui, mais je le répète, Patricia veut visiter les gorges tout de suite (ou à la rigueur maintenant)…

Un petit cauchemar...

On repart ; la suite est une sorte de petit cauchemar : d’abord, des gamins nous assaillent et on ne voit pas bien comment nous pourrions laisser les vélos pour faire notre balade à pied. On persiste quand même dans le fond de l’oued, poussant nos vélos et ne sachant pas très bien où aller. Ensuite, le câble du dérailleur de patricia s’entortille dans le dérailleur, impossible de rouler, il faut réparer, non sans s’être copieusement salis les mains de cambouis. Enfin, c’est l’averse. Patricia finit par se ranger à mon avis : d’abord chercher un toit, après on verra. ½ tour vers le Mokadem qui continuait à battre le blé avec sa femme. Un peu piteux, je lui demande l’hospitalité. Sa femme, cassée en deux par le travail, monte sur un âne et nous conduit chez elle, nous installe dans la grande pièce des visiteurs couverte de tapis et de coussins et nous laisse 5 mn pour préparer le thé. Une heure plus tard, ça va un peu mieux, il ne pleut plus et on part à pied dans la gorge accompagnés par un petit gamin. Mais le temps est orageux et nous surveillons la couleur de l’eau ; au bout de 20 mn, l’oued se met à couler marron, il a du bien pleuvoir plus haut. On continue prudemment tant que le lit est assez large et nous tombons sur une belle résurgence que nous n’aurions peut-être pas remarquée par beau temps ; mais aujourd’hui, l’eau est marron partout sauf dans ce bras d’eau qu’il suffit de remonter pour en trouver l’origine. On va pouvoir au moins se laver, ce dont rêve Patricia depuis au moins 2 h ! Elle se détend un peu et je lui promets que nous reviendrons demain s’il fait beau pour visiter ces fameuses gorges ; aujourd’hui c’est trop dangereux.
Nous rentrons chez nos hôtes où un excellent tajine aux poivrons nous est bientôt servi, avec le thé rituel et la non moins rituelle galette de pain frais. Le Mokadem –qui doit bien avoir 60 ans – est crevé et part se coucher très vite ; sa femme le suit bientôt et nous laisse seuls dans la grande pièce ; nous pouvons nous coucher. Il est 22 h et nous avons parcouru 57 kms pour 700 m de dénivelé ; c’est pas beaucoup, mais on a eu des émotions !


Tout s’arrange...


Le lendemain, après le thé et le pain au beurre, nous expliquons à nos hôtes que nous partons quelques heures nous balader dans la gorge. Ca ne pose pas de problèmes, les vélos nous attendent dans un local fermé à clés. Il fait très beau, la lumière est éclatante, l’eau est claire. Nous remontons à nouveau les gorge qui s’encaissent très vite après la résurgence ; bientôt, l’oued ne coule plus que par une faille large seulement de 2 ou 3 m et haute de 100 à 200 m ; il y fait noir comme dans certains canyons de Sierra de Guara. Après ce passage spectaculaire, la gorge s’élargit un peu et un vague sentier parfois aménagé grimpe dans la falaise. Après une traversée aérienne, il nous conduit à la sortie du canyon : la vallée s’élargit, on y voit des champs de maïs, des arbres, quelques maisons, la vie. Nous croisons un vieil homme qui nous salue et nous offre spontanément la poignée d’abricot qu’il tenait à la main. On baragouine un moment puis il nous invite à prendre le thé ; la maison est rustique, il y a un petit poêle et un brasero sur lequel sa femme met l’eau à bouillir. Elle nous offre le pain et l’huile d’olive, nous commençons à être habitués. Au moment de partir, nous offrons 10 Dh que le vieux commence par refuser ; mais sa femme l’invective et on comprend vite qu’elle lui demande d’accepter !
Nous quittons ce petit paradis de douceur et d’harmonie pour redescendre la gorge et poursuivre notre périple ; il nous reste plus de 500 kms à faire, il va falloir avancer un peu ! Nous commençons à prendre un rythme de croisière : la piste est assez roulante, ça monte, ça descend dans une forêt de cèdre clairsemée. On traverse un village où les enfants sont égaux à eux-mêmes ; petite hésitation pour la suite, les abords des villages sont toujours un peu délicats au niveau orientation, il y a des semblants de piste partout ; mais le GPS lève assez vite le doute. Un petit col bien chaud, une belle halte à l’ombre d’un grand pin, une magnifique descente où Patricia, moins chargée que moi, s’éclate sur son VTT, une piste qui serpente de village en village le long d’un oued. Vers 14 h, il commence à faire vraiment chaud : il faut trouver de l’ombre et s’arrêter Un magnifique bosquet de grands pins et d’eucalyptus se présente : il n’y a personne dans les environs immédiats, on s’arrête. Patricia s’allonge et s’endort tandis que je monte la garde : il n’y a jamais vraiment personne dans l’Atlas ! Effectivement, au bout d’une heure deux adolescents arrivent ; je suis allongé moi aussi mais je les surveille ; ils nous observent (surtout Patricia je suppose), s’approchent, tournent autour de nous à 20 m, et finalement s’amusent à tirer des oiseaux au lance-pierre ; puis ils finissent par s’éloigner. Vers 16h, il fait un peu moins chaud, on peut repartir et je réveille Patricia. Ce soir il n‘y a pas d’orage, la lumière est belle et nous voulons rouler jusqu’à la nuit et bivouaquer quand elle nous surprendra
On avance bien et nous finissons l’étape par une dizaine de kms de goudrons ; quand dans un côte, une voiture nous double et s’arrête : le conducteur nous lance : ‘si vous voulez, vous pouvez dormir chez moi, je vous prête ma maison ! Je vous laisse le temps de réfléchir, la maison est 2 kms plus loin au sommet de la côte.’ Et il repart ; la nuit va bientôt tomber, pourquoi pas ? Quelques minutes plus tard, nous arrivons en vue de la maison et propriétaire nous attend au bord de la route : c’est une jolie petite maison genre cabanon au milieu d’un verger, pas d’autres maisons autour, le coin est vraiment sympa ! Le gars aussi : il travaille pour la météo ( !) et c’est lui qui a planté les 1500 arbres fruitiers qui entourent la maison. Il n’est pas là ce soir , la maison est à nous ! C’est plutôt confortable, il y a du gaz, del’eau, il ne fait pas trop chaud malgré la faible altitude (1500 m) et nous passons une soirée et une nuit agréable… Bilan de la journée : 59 kms et 700 m de dénivelé.


L’oued Attach : parfum d’aventure et erreur d’itinéraire.

Nous nous levons tôt pour cette troisième étape qu’on sait difficile : ça commence par un peu de goudron montant, ça réveille ! Au bout du goudron, emportés par notre élan, nous partons sur une mauvaise piste : au bout d’1/4 h et 150 m de dénivelé, il y a quelque chose qui cloche ; j’allume le GPS (ce que j’aurais du faire avant) qui confirme qu’on s’éloigne de la trace. ½ tour et reprise de la bonne piste qui nous avait échappé plus bas. Ca monte assez fort comme prévu ; au bout d’une heure, nous arrivons sur un plateau qui surplombe l’Oued Attach coulant plusieurs centaines de m plus bas. L’approche des greniers d’Aoujgal que nous voulons visiter se révèle plus simple (surtout avec le GPS) que ne le laissait supposer le guide Gandini. Bientôt nous arrivons par une vague piste au bord du canyon ; les greniers sont situés 50 m plus bas sur une vire aérienne et apparemment inaccessible de la falaise. On essaye par le haut mais il nous manque un rappel de 30 m pour finir…Deuxième essai par la gauche, en fait un sentier descend facilement sur la vire qu’il ne reste plus qu’à suivre tranquillement : cheminement horizontal mais aérien, 200 m au dessus du vide, sur une vire de 5 m de large.Ca se corse un peu en arrivant aux greniers : ils ont été construits sur toute la largeur de la vide et un vague échafaudage en bois (ou ce qu’il en reste) permet de marcher le long du mur extérieur, au bord du vide et parfois même au dessus. C’est vraiment étroit et nous n’imaginons pas un instant faire confiance au vieux bois ; nous passons en nous contorsionnant au raz du mur, 200 m de vide sous les semelles. Il y a du avoir des morts lors de la construction et de l’utilisation de ces greniers collectifs qui servaient à conserver, outre le grain, tout ce qui était précieux. Un seul gardien à l’entrée de la vire suffit pour maintenir la sureté du lieu…
Il est 10h quand nous rejoignons les vélos ; il commence à faire chaud et il reste de la route… La piste plonge sur l’oued Attach qu’elle franchit bientôt. Nous continuons sur la piste qui remonte de plus belle ; la pente est raide, la chaleur augmente, j’attends de plus en plus souvent Patricia qui monte trop lentement à mon goût… Quand elle arrive à l’ombre d’un genévrier géant où je l’attends depuis 10 minutes, je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer qu’à ce rythme, on n’ira pas bien loin ; je suis un peu énervé, fatigué ; elle aussi et elle se fâche, à juste titre…La suite se poursuit dans une mauvaise ambiance ; de plus nos réserves d’eau s’épuisent rapidement à cause de l’effort fourni. Une heure et 500 m de dénivelé plus tard, un doute nous assaille ; on sort le topo : on devrait être au fond d’un oued et nous nous trouvons vers 2000 m dans un paysage qui devient minéral et ça monte toujours. Un coup de GPS que je n’aurais jamais dû éteindre (mais j’économise les piles, c’est lourd !), verdict : pas du tout sur la bonne piste. Mais alors où est la piste, nous n’en avons vu aucune autre ? Même la redescente est chaude, je crève de soif et on n’a presque plus d’eau… Retour au gué de l’oued Attach ; le GPS est formel : il n’y pas de piste mais il faut s’engager dans le lit même de l’oued….
Patricia repère une source qui coule quelques mètres en contrebas de la piste ; elle ne semble pas trop s’en faire pour notre manque d’eau : elle dit que s’il n’y a plus d’eau, elle ne boira plus… Je suis sceptique et pense qu’elle ne tiendra guère plus longtemps que moi sur le vélo sans eau ; aussi, je fais un plein complet des bidons et des poches à eau que je porte sur le dos (4 l). L’ambiance est tendue entre nous, elle n’a toujours pas digéré les réflexions déplacées de tout à l’heure. Je mets ça sur le compte de la fatigue (la mienne surtout), de la chaleur et du manque d’eau…
Nous nous engageons dans le lit de l’oued, cap à l’Est comme l’indique le GPS. D’ailleurs, nous ne sommes pas seuls : des hommes, des femmes remontent l’oued sur leur mule. Ca a d’ailleurs l’air plus facile et plus rapide qu’avec un vélo chargé : parfois ça roule, souvent ça pousse et on ne compte plus les fois où il faut traverser l’oued à vélo quand on a de la chance, à pied quand les cailloux invisibles du fond de la rivière nous déséquilibrent. Mais c’est magnifique et nous avons l’impression de nous engager dans un solide morceau de bravoure. Les moments tendus de ce matin se diluent dans ce que nous savons être un des grands moments de notre traversée ; je suis fier de voir devant moi Patricia avancer sans faiblir et sans se décourager ; je sais qu’elle est heureuse de vivre ce moment ; elle sait que je le suis aussi ; c’est l’harmonie dans l’action et l’aventure.

Y fait chaud et y fait soif...

Bientôt, un sentier escarpé monta à gauche, une petite caravane de trois mules s’y engage. Avec les vélos, c’est vraiment limite ; je redescends un peu demander le chemin de Taghzout à deux gars sur des mulets : c’est par le fond de l’oued ; va pour le fond... Nous ne comprenons pas comment des 4X4 ont pu passer par là un jour ; à l’évidence, la piste a trop souffert des crues (d’ailleurs, il n’y a plus de piste) et ça doit faire un bon moment que ça ne passe plus.. Au bout d’une heure de ce terrain épuisant, nous arrivons en vue de quelques habitations. Je suis fatigué et je sais que pour Patricia, c’est pire ; pourtant, elle ne se plaint pas et avance... Une femme dans un petit champ de patate nous a vu et vient vers nous : elle n’a pas du souvent voir de vélos par ici ! Nous lui faisons comprendre que le soleil tape fort et lui demandons si elle peut nous faire du thé, si on peut se reposer un instant dans sa maison. Elle nous ouvre sa porte et nous installe dans une pièce de sa maison ; le tapis, les coussins, la table base... Bientôt, le thé bien sucré, le pain, le beurre... L’ombre, la température agréable, tout est réconfortant. Deux charmants bambins d’un an ou deux font une apparition timide à l’angle de la porte : la conversation s’engage (si l’on peut dire) grâce aux enfants qui tournent autour des jupes de leur mère. Le père arrive bientôt ; il a l’air très sympa, nous montre son installation électrique (un panneau solaire et quelques ampoules) : nous sommes tombés chez des gens ‘évolués’ et vraiment gentils. Bientôt, des amis arrivent, on suppose que nous sommes la curiosité du jour, peut-être du mois ! Au moment de partir, ils refusent l’argent qu’on leur propose. Il n’acceptent finalement qu’une petite somme.

par ici, c'est mieux à pied qu'à vélo !

Dehors, il fait moins chaud mais la progression reste difficile, même sil on a plus d’énergie. Un gars qui remonte vers Taghzout (situé encore à 10 kms) nous accompagne ; il ne semble pas pressé (on ne va plus vite à vélo qu‘à pied dans ce terrain !) puisqu’il reste avec nous le temps de réparer une petite crevaison : la première mais pas la dernière... Le sentier traverse et retraverse l’oued tandis que la vallée s’élargit un peu. C’est le soir, la lumière devient belle et les maisons espacées de loin en loin ont d’étranges reflets violet ; c’est la couleur de la pierre par ici...
Enfin, nous arrivons en vue de Taghzout, il est 18 h. Nous avons parcouru 46 kms pour 1200 m de dénivelé. Le gars finit par nous proposer de dormir chez lui et nous acceptons. Le village est joli, perché sur une petite butte au dessus de l’oued. Les maisons ont là aussi cette curieuse couleur violette dans la lumière du soir qui tombe.
Dans la maison, toute la famille et les amis sont venus voir ces curieux touristes à vélo et le moins que l’on puisse dire est que nous ne sommes pas seuls ! Bien qu’ils aient une vache attachée à la porte de la maison, nos amis ne semblent pas très riches et le tajine qu’ils partagent avec nous est un tajine patates ! Vers 23 h, ils nous laissent seuls dans la pièce non sans nous avoir expliqué de bien fermer le lumogaz. La nuit est difficile pour moi : ça me gratte de partout (réalité ou suggestion de l’environnement immédiat plutôt crasseux ?) et les chiens dehors mènent une vie infernale qui doit cependant être habituelle puisqu’elle ne semble pas incommoder nos hôtes... Contrairement à Patricia, je ne dors pratiquement pas et c’est avec soulagement que je vois enfin pointer l’aube vers 5 h.
Peti-dèj (pain, beurre), vagues ablution au ‘robinet’ (la fontaine à une centaine de mètres de la maison) et nous voilà partis. Pas pour longtemps, mon pneu avant est complètement dégonflé : réparation, redépart. La piste est bonne pendant 500 m puis il faut à nouveau rouler puis très vite, marcher dans l’eau : on n’aura pas eu les pieds secs longtemps ! Mais l’endroit est superbe ; la piste prend de la hauteur pour passer au dessus des gorges et atteindre une zone plus plate et plus fertile en altitude. Deux ou trois villages s’échelonnent le long de la piste et il y règne une certaine activité ; là aussi c’est la moisson. Les gens se déplacent à dos d’âne ou avec des mules bien chargées ; les aires de battage tournent à plein rendement dans les cris des hommes qui activent leurs bêtes. Je suis seul un peu en avant, attendant Patricia qui fait quelques photos, quand un groupe de jeunes femmes me croise ; elles me détaillent sans vergogne et se mettent à pouffer de rire ; même si ça semble plutôt sympa, je me demande bien ce qu’elles se disent et ce qu’elles me trouvent ! Je sais bien que je suis très beau mais quand même... Quand Patricia arrive, le manège cesse immédiatement et elles continuent leur chemin comme si de rien n'était.
La piste, assez bonne maintenant, finit par passer un petit col vers 2300 m. de l’autre coté, nous refaisons le plein d’eau à une source bienvenue ; il fait beau, la montagne est belle, ça roule, tout va bien. Jolie descente versant Est et après un ‘bon coup de cul’ qui nous hisse à 2100 m, nous surplombons la vallée où circule la route goudronnée qui monte à Imilchil. Nous sommes juste en face et à la même hauteur que la rampe de la route qui escalade la montagne. Mais il faut d’abord redescendre jusque vers 1700 m : nous avons une belle partie de manivelle en perspective !
Nouvelle crevaison dans la descente, on en profite pour casser une petite croute à l’ombre d’un arbre. Et c’est le goudron, bien agréable au début, mais ça monte fort ! Heureusement, il n’y a pas de circulation, peut-être deux ou trois voitures et deux camions nous ont doublé pendant la montée. C’est dur mais ça avance bien et nous arrivons bientôt à un genre de cluse : la rivière a entaillé la montagne et s’est frayé un chemin au fond des gorges. Les gros pourcentages cessent derrière un repli de la montagne et le paysage change : nous sommes maintenant dans une large vallée suspendue qui grimpe doucement vers ce qui doit être un genre d’altiplano autour de 2400 m. La végétation se fait rare et le paysage très minéral. Plus haut, au bout de la route, se niche le lac Tislit. Le voici enfin ; l’eau est bleue et à part un genre de petit hôtel quasiment vide, il n’y a rien ni personne : la baignade s’impose ! L’eau est bonne et malgré le vent qui souffle en rafales parfois fortes, la halte est très agréable.


Bonjour, t’as pas une clé Allen de huit ?

Cinq kms plus loin, au bas d’une descente rapide sur goudron, nous entrons dans Imilchil, bourgade de quelques maisons et néanmoins haut lieu du tourisme dans l’Atlas. C’est pas la foule pour autant, et à part deux voitures de touristes, on n’y croise pas grand monde ! Nous nous arrêtons au premier hôtel que nous voyons : ça a l’air bien, pas cher, et ça sent bon ! Après le marchandage d’usage rapidement négocié par Patricia , nous craquons pour un petit tajine agrémenté de poulet grillé et d’un grand verre de jus d’orange. Nous avons bien roulé, Patricia est heureuse, détendue et nous nous octroyons généreusement 2 ou 3 h de répit avant de repartir vers 16 h pour une balade en vélo sans sacoches ( !) que nous avons repérés sur le guide Gandini. J’en profite quand même pour aller voir le mécano du coin (plus habitué à bricoler les batteuses d’importation turque que les vélos !) à la recherche de mon rêve du moment : une clé Allen de 8 : mon axe de pédalier se desserre sans arrêt depuis le début et ça pourrait finir par être grave... Non seulement le gars possède la clé, mais il veut bien me la vendre à un prix correct : marché conclu ! je reviens, tout fier vers Patricia qui lavait un peu de linge dans le lavabo ; c’est les vacances !
Vers 16h, nous repartons pour cette petite visite de la haute vallée de l’Assif Melloul (la Rivière Blanche) : 36 kms en A/R sans sacoches, une rigolade digestive ! C’est une vallée fertile, bien irriguée, parfois jardinée. Les villages alternent avec des champs de maïs, des vergers, des prairies. L’oued serpente au fond d’une vallée qui s’enfonce dans un désert montagneux ; bientôt, de hautes falaises apparaissent, ocre jaune ou rouge. Dans la lumière du soir, le tableau est saisissant. 18 h, il faut penser au retour, d’autant plus que nous descendions la rivière : maintenant, ça remonte ! Nous rentrons en même temps que les paysans qui retournent chez eux à dos de mules ou d’ânes dans le calme et la fraicheur du soir. C’est l’heure où l’on se sent fier du travail accompli ; à l’approche d’un village, nous entendons des bribes de chant qui se mêlent au souffle du vent : ce sont des femmes qui coupent l’herbe à la faucille et qui reprennent toutes le même chant incantatoire qui rythme le travail. Nous sommes émus par toute cette énergie déployée dans la joie ; il en faut ici pour survivre à l’hiver, de la joie, de l’énergie, du courage et de bonnes récoltes. Là haut dans le village, nous entendons la batteuse tourner, promesse de grains pour toute l’année. Nous descendons vers les champs et approchons des faucheuses et des chanteuses. Sans cesser de chanter ni de travailler, à grands signes et avec de grands sourires, elles nous invitent à venir plus près. Nous aimerions bien rester un peu ici mais il va faire nuit et il nous reste encore 10 kms à parcourir... Un peu plus loin dans le village, c’est le revers de la médaille : pendant que les femmes travaillent, les hommes sont là, assis à l’ombre des noyers et des maisons ; pas que les vieux, les jeunes aussi, les adolescents.... Ils bavardent ; il ne fait pas bon être née fille au Maroc.
Retour à Imilchil sans problème dans le soir qui tombe ; seuls des enfants nous emm… à l’entrée du village : ils font mine de nous barrer la route pour nous demander des stylos ; un peu excédé, je les charge en accélérant à fond ; et je ne fais pas semblant ! Très surpris de cette réaction inattendue, ils se poussent de justesse : efficacité garantie, nous avons le champ libre !
Aujourd’hui, 77 kms pour 1100 m de dénivelé : on a faim ! A l’hôtel, un solide couscous nous attend, sage précaution à l’approche de la longue étape du lendemain. En effet, je me ‘tâtais’ depuis le début du projet, hésitant à embarquer Patricia dans ce que je savais être une étape dure et difficile, peut-être une galère : 75 kms au dessus de 2400 m, de nombreux cols dont deux approchant les 3000 m, 2900 m de dénivelé dans une région de montagne peuplée de nomades sous leur tente ou dans des villages d’été, et surtout un descente de 1000 m en 9 kms et 36 épingles sur une piste détruite depuis quelques années par les orages redoutables là-haut. C’est la fameuse ‘piste des cols, un itinéraire hors du commun et une des pistes les plus spectaculaires de l’Atlas’, d’après le guide Gandini qui nous a servi à établir notre itinéraire. Les 3 vttistes qui nous avaient précédés sur cet itinéraire au mois d’avril m’avaient dit qu’il ne fallait pas louper ça mais qu’il fallait s’attendre à du poussage, voire du portage. Et porter un vélo avec des sacoches… Patricia était donc au courant des difficultés qui nous attendaient et comme toujours, elle était partante. J’ai donc décidé de faire confiance à son courage et son opiniâtreté, sachant pouvoir compter sur elle dans les moments difficiles, sachant qu’elle ne se démoraliserait pas, voire qu’elle me remonterait le moral s’il le fallait ; et c’est ce qui s’est passé. Nous avons juste prévu de bivouaquer en route avec les vivres nécessaires, pour assurer le coup. Et nous nous couchons le cœur plein d’espoir.



L’étape clé : la piste des cols.

Mais la nuit fut mauvaise pour Patricia : elle se réveille avec le nez et la gorge prise, peut-être à cause de la fraicheur d’hier soir, ou à cause de la sécheresse de l’air que nous respirons depuis 3 jours. Elle n’est pas en forme et c’est fâcheux à l’aube d’une étape aussi dure… Nous partons quand même : ça commence par 17 kms d’une petite route goudronnée qui remonte doucement et en serpentant le cours de l’Assif Melloul. A Bou Zemou (2300 m), les choses sérieuses commencent : on voit la piste qui monte dans la montagne et qui s’y perd, c’est assez impressionnant. Le plein d’eau, et c’est parti ! Ca commence tout de suite très fort : la pente est raide, la piste, très peu empruntée par les véhicules mais beaucoup par les mules, est recouverte d’une fine couche de poudre pulvérulente ; les roues s’y enfoncent un peu ce qui diminue le rendement. Bien chargé pour que Patricia s’économise, je n’arrive pas à tout monter sur le vélo, et Patricia encore moins. Je redescends régulièrement pour l’aider à pousser son vélo. Heureusement, l’altitude élevée compense un peu l’élévation de la température au fur et à mesure que le soleil monte. Vers le haut, la pente diminue un peu mais c’est le vent qui se renforce, de face bien sur. 3h plus tard, nous arrivons au premier col, le Tizi n’Igui, 2983 m. Nous n’y restons pas longtemps, le vent souffle fort, 80 km/h environ. Nous profitons du paysage un peu plus bas, un peu à l’abri. La piste est mauvaise et la descente pas vraiment reposante ; nous naviguons vers un alpage un peu verdoyant situé vers 2500 m ; on devine quelques maisons et quelques cultures ; pas d’arbres, presque personne. En bas au passage d’une petite rivière, quelques bergers s’approchent de nous. Patricia aimerait bien se reposer et boire un thé mais ils se contentent de nous demander des cigarettes ; quand ils comprennent qu’on n’en a pas, ils s’éloignent. Ca tombe mal car la suite de l’itinéraire n’est pas évidente. Il y a une vague piste qui monte très raide à droite, et on aimerait bien aller à gauche vers le fond du vallon à la recherche de quelques maisons ; mais sans piste… Va pour la montée raide à coté des vélos. Après quelques minutes d’errements, nous retrouvons la piste et puisque nous ne trouvons personne, Patricia se résigne à suivre mon conseil et nous nous arrêtons pour manger un peu.
La suite est un peu moins raide, nous sommes au dessus d’un vague village à la poursuite d’un petit col vers 2700 m ; il semble y avoir un peu d’eau accessible à pied, mais j’ai la flemme d’y aller ; erreur… Au col, nous découvrons un vague alpage avec quelques bêtes, moutons et chevaux ; et surtout un autre col un peu plus haut et un peu plus loin. Là haut, ça commence à ressembler au désert : paysage minéral avec des falaises et des tours rocheuses, un petit ‘monument valley’. Sous le col mais à l’écart de la piste, une tente noire de nomade, une ‘khaïma’ ; j’irais bien y chercher de l’eau mais c’est loin… Et d’après notre descriptif, nous allons bientôt arriver dans un alpage où on trouvera peut-être de l’eau. Il ne nous reste plus que 2 l et j’ai soif. Mais quelques kms plus loin, plus d’alpage, il a du faire trop sec. Le paysage est très beau mais désertique. J’hésite : laisser Patricia et revenir en arrière chercher de l’eau, continuer en espérant en trouver ? Patricia ne veut pas que je la laisse plusieurs heures toute seule (on verra plus tard qu’elle avait bien raison), et veut continuer, elle dit qu’elle n’a pas soif ; je sais que c’est faux mais je me range à son avis, surement plus raisonnable : continuer. Continuer, ça veut dire passer le 2eme grand col de la journée, le Tizi n’Aferdou, 2957 m. Ca monte raide, et ça pousse mais plus on monte, moins il fait chaud ! Mais plus on a soif… je vois quelque chose bouger dans la pente, ce sont des chèvres, il doit y avoir un berger. Effectivement, ils sont même trois au loin. Je quitte la piste et le vélo pour les rejoindre et leur demander s’il y a de l’eau quelque part plus loin. Ils me répondent que oui et quand je leur demande où, j’ai droit à un vague geste de la main : je comprends juste que c’est plutôt devant que derrière ; alors continuons ! Ils me donnent un peu d’eau que je propose à Patricia qui m’a rattrapé en poussant son vélo mais elle refuse, elle persiste à dire qu’elle n’a pas soif ; parfois, elle est un peu têtue ! En poussant, en roulant et en redescendant (quand j’en ai la force !) aider Patricia, nous arrivons vers le col. Depuis un bon ¼ h, je distingue 3 silhouettes qui semblent nous attendre. Peut-être sauront-ils nous dire où trouver de l’eau ? Ce sont 3 bergers à l’air franchement sauvage qui nous accueillent en nous demandant des cigarettes ; ils n’ont pas l’air vraiment sympa et ont un gros bâton chacun. Nous ne nous sentons pas vraiment rassurés surtout qu’on n’a pas de cigarette à leur offrir. On ne leur demande rien, on va le plus vite possible (c'est-à-dire très lentement, ça monte encore !) et j’essaye de toujours rester entre Patricia et eux. Ils ne nous lâchent pas, ne cessent de nous parler (que nous disent-ils ?) et c’est sous cette drôle d’escorte que nous parvenons au col. On enfourche les vélos en espérant qu’ils ne nous poursuivront pas et nous entamons une descente qui ressemble plutôt à une fuite. C’est plus bas que nous profitons du paysage, à la faveur d’une halte pour regonfler un pneu un peu faible et nous restaurer ; mais toujours pas d’eau. L’endroit est très sauvage, c’est vraiment la montagne ; le soleil se cache derrière de gros nuages et il fait carrément frais ; Patricia, enrhumée, met sa Gore Tex…


A boire !

Plus bas, pas trop loin de la piste, 3 tentes de nomades. Cette fois, on fait le détour. Je m’approche seul, Patricia est à quelques minutes derrière : il n’y a que des femmes et des enfants qui prennent peur en me voyant. Est-ce mon air hirsute, ma barbe, mes lunettes de soleil, mes jambes nues sous le cycliste ? Elles me font signe de ne pas approcher. J’attends sagement que Patricia arrive ; elles se détendent à sa vue. Je laisse Patricia parlementer et leur demander un thé. Elles étalent une couverture (pas des plus propres) par terre à quelques mètres de la tente et nous invitent à nous y assoir. Il fait frais, j’ai presque froid et je sors ma Gore Tex moi aussi, il tombe quelques gouttes… L’atmosphère se déride quand je sors l’appareil photo ; le fait de se voir, elles et leurs enfants sur l’écran les font sourire et même rire. J’en profite pour leur demander où trouver de l’eau : avec un grand geste de la main, elles m’indiquent que c’est ‘par là’ ! Ca a l’air évident et Patricia a raison : il suffit de suivre les traces qui doivent immanquablement mener à la source. Au bout de 10 minutes, je trouve l’eau : une petite source très vaguement aménagée, quelques trous de la taille d’un lavabo agrandis à la main. Je vais au plus haut, celui qui me semble le plus propre, les bêtes viennent boire elles aussi. Un plein complet, 8 litres, ça prend un peu de temps. Et je redescends vers la tente, rassuré. Nous continuons le long d’une piste délicate : les roues s’enfoncent dans de la terre pulvérulente et l’équilibre est instable, l’allure assez lente malgré la pente plutôt descendante. Quelques kms plus loin, une autre tente et des gamins qui courent vers nous : on craint le pire ! Mais un des gamins parle un assez bon français et nous inspire confiance ; nous acceptons l’invitation ; 2 thés en 3h, ça ne peut pas nous faire de mal ! La halte est sympathique : la mère ne parle pas un mot mais le gamin, environ12-13 ans, nous explique un tas de chose. Il est curieux d’apprendre, il nous pose aussi pas mal de questions ; on échange les adresses (il en a une dans la vallée, il n’est ici que pendant les vacances scolaires !) et on repart.
La lumière se fait belle en déclinant, mais la piste se fait difficile en remontant ! Il va falloir commencer à penser à la halte pour la nuit…Un petit col, et puis un autre. Derrière, 2 à 3 maisons : on tente notre chance. Mais là encore, il n’y a que des femmes et des enfants. Les femmes semblent méfiantes, elles se retirent à l’intérieur d’une immense maison très profonde ; nous n’osons pas entrer, elles semblent espérer qu’on va partir. Elles finissent par nous demander d’où on vient, où on va et ce qu’on veut ; une gamine nous répond du tac au tac et dans un français impeccable, ’la piste est coupée’ : surprise et espoir, on va peut-être pouvoir communiquer ! Nous n’en tirerons rien d’autre, cette phrase semble être les seuls mots de français qu’elle connait. On nous explique que si nous voulons, nous pouvons bivouaquer dans la maison blanche à 100 m qui est ouverte et qui s’avère être une école : un tableau, 4 pupitres d’écolier avec les trous pour les pots à encre, un sol encombré de quelques gravats, mais pas trop de courant d’air malgré les carreaux cassés ; nous sommes vers 2700 m mais il ne fait pas trop froid et nous sommes équipés, c’est décidé on bivouaque ici. 54 kms pour 1700 m de dénivelé, ça suffira pour aujourd’hui.
Bientôt, une des femmes revient vers nous chargée de tapis et de nattes : c’est pour nous installer plus confortablement ; on comprend qu’elle peut aussi nous faire une omelette (elle nous montre 5 œufs qu’elle tient dans sa main) : c’est vraiment sympa et nous acceptons. Quand nous comprenons qu’en plus, il y a une source à quelques minutes, ça devient le paradis ! Les gamins ne perdent pas une miette de nos faits et gestes, ça manque un peu d’intimité mais on commence à y être habitués. Nous leur demandons quand même gentiment de nous laisser un peu tranquille, ce qu’ils finissent par comprendre. On peut se déshabiller et faire un brin de toilette, c’est pas du luxe… Très vite, l’omelette arrive au fond d’une grande casserole ; c’est plutôt des œufs brouillés mais c’est bien meilleur que les lyophilisés que j’avais acheté à Toulouse en pensant à ce bivouac entre Imilchil et Anergui. On y est dans cette fameuse étape qui me faisait tant rêver, on y est en plein ! Et nous nous couchons par terre, sur les tapis et les nattes, serrés l’un contre l’autre, tout proches au milieu de notre rêve.


Une descente d’enfer...

La journée du lendemain commence par l’ascension d’un petit col, 200 m de dénivelé dont les 50 derniers mètres à coté du vélo, c’est trop raide et pulvérulent. La lumière du matin est superbe et nous découvrons la suite : une succession de petits cols entrecoupés de jolis ksars en pierre rouge au milieu d’alpages ou de cultures. Quelques familles habitent ces hauteurs où ce matin, il semble faire bon vivre malgré l’altitude élevée, entre 2600 et 2700 m. La piste n’est plus utilisée depuis longtemps par le moindre véhicule, elle n’est plus qu’un sentier muletier qui traverse à flanc. Le sentier est devenu bien roulant et nous avons droit à un morceau d’anthologie de Vélo De Montagne ; même avec les sacoches on y prend beaucoup de plaisir. Mais je sens la fin du parcours arriver et j’ai hâte de voir à quoi ressemble cette fameuse descente ‘complètement détruite’ d’après le guide ; je roule vite, un peu trop vite pour Patricia qui trouve qu’elle n’a pas assez de temps pour admirer le paysage. Elle regrette que je sois si tendu et râle d’être obligé de terminer si vite un si joli parcours. Je la comprends mais si la descente est aussi dure qu’on nous l’annonce, on n’a pas beaucoup de temps à perdre.
Elle a peut-être raison car le début s’annonce plutôt technique mais quand même roulant ; pour le moment ça dénivelle bien. Mais le vrai problème est là-bas, juste derrière la rupture de pente que l’on devine à quelques kms…Et effectivement, ça se corse très vite : tous les 100 m, la piste est ravinée, emportée, détruite, parfois même un peu acrobatique, les pieds sur de vagues traces el le vélo chargé à bout de bras dans la pente ; interdiction de tomber ou de lâcher le vélo qui ne s’en remettrait pas. Parfois ça roule un peu, parfois il y a trop de grosses pierres et il faut marcher à coté du vélo. A chaque lacet –et ils sont nombreux !- on espère que ce sera mieux plus bas, mais ça continue comme ça pratiquement jusqu’en bas. Mais ça s’est quand même mieux passer que ce que je craignais : presque tout est passé en poussant, sans porter donc sans être obligés de démonter les sacoches et de faire plusieurs voyages. Cette descente ne nous a pris que 2 à 3 h, ce qui n’est pas si mal.
En bas, un village : Batli, surplombé par les 300 m qu’il faudra remonter pour passer un dernier petit col. D’en face, on n’y voit qu’un vague sentier, pas de piste… On verra bien.
Nous arrivons au village vers 12h, trop tard pour remonter en face la pente exposée plein Sud et qui chauffe depuis ce matin. On a plutôt envie de se reposer et de se baigner dans l’oued. Mais comme dans tous les villages, pas moyen d’être tranquille, il a toujours plusieurs dizaines de paires d’yeux qui nous regardent. Ca devient pénible et nous sommes obligés d’élever un peu le ton pour que les gamins s’éloignent un peu. Ca nous permet de nous baigner à peu près peinards, d’autant plus qu’un bon décrassage s’impose....Les lieux sont assez sauvage : Batli est un tout petit village posé un peu à l’abri de l’oued Assif Meloul (toujours lui...) qui sort d’une profonde gorge longue d’une quarantaine de kms et qui s’engage à nouveau dans une autre gorge infranchissable ; un genre de petit oasis qu’on ne peut atteindre qu’en venant du haut, soit par la piste détruite que nous venons de dévaler, soit par la piste détruite qu’il va falloir remonter jusqu’à un petit col menant vers Anergui, à une quinzaine de kms. Cette remontée nous inquiète un peu mais pour l’heure, nous allons nous reposer un peu à l’abri d’une maison ; c’est très facile ici, il suffit d’accepter une des invitations qu’on ne va pas manquer de nous proposer en traversant le village...
C’est un ado plutôt sympa qui dégaine le premier : ça tombe bien, la maison est très agréable, presque fraiche, un agréable courant d’air traverse la pièce d’un fenêtre à l’autre. La mère est là, presque élégante, entourée de ses 4 enfants ; ce sont des gens relativement aisés, les enfants vont à l’école et les grands parlent donc un français compréhensible. Nous pouvons leur expliquer d’où nous venons, où nous allons ; j’étale les cartes dont nous disposons et cela semble les faire rêver ; Patricia somnole et se repose à coté de nous, la halte est vraiment sympathique et réconfortante.

Une remontée d’enfer...

Mais l’heure avance, et il faut s’arracher à cette douce ambiance, sortir et affronter la chaleur et la pente. Guidés par l’ado de la maison, nous poussons nos vélos pour retrouver un semblant de piste qui nous sort du village ; au début, ça roule plutôt bien malgré la pente assez forte et les épingles s’enchaînent. Mais au bout de 1 kms, nous retrouvons la piste ravagée que nous craignions : là aussi les orages ont été terribles et des blocs de rocher ou des troncs d’arbre encombrent le passage. La suite est une alternance de poussage et de roulage difficile. Au fur et à mesure de la montée, nous prenons la mesure du versant opposé que nous venons de descendre : piste pour le moins audacieuse qui escaladait un pan entier de montagne à l’aide de nombreux lacets, 9 kms pour 1000 m de dénivelé, c’était bien un des morceaux de bravoure des pistes de l’Atlas... Nous comprenons mieux l’étonnement des gens qui nous ont vu débouler dans leur village par ce coté de la montagne. Pour l’heure, c’est du poussage intégrale, et le nez sur le guidon, je nous paie même le luxe de perdre la piste et de finir l’ascension du col par le sentier muletier, bien mieux marqué que la piste qui retourne lentement à l’abandon. Ca fait un petit moment que je me demande pourquoi la piste serait dans un meilleur état de l’autre coté ; arrivé au col, j’en parle à Patricia qui, en poussant silencieusement er courageusement son vélo, en était arrivée aux mêmes interrogations...

Après le diluvium...

La sueur nous coule dans les yeux depuis un bon moment quand nous découvrons l’autre coté : il faut descendre 500 m avant de retrouver le fond de la vallée ou l’on aperçoit quelques villages au loin, surement reliés entre eux par une vraie piste. Les premiers mètres de la descente sont techniques mais ça roule et le moral remonte ; mais très vite nous retrouvons une piste complètement ravagée par les orages, encombrée de cailloux et de blocs de toutes tailles : la moyenne en prend à nouveau un bon coup ! Plus on descend, plus c’est pire : la piste est plusieurs fois complètement coupée et creusée par ce qui a du être un torrent de boue furieux ; il faut descendre au fond du petit thalweg instable et remonter de l’autre coté en portant le vélo. Il n’y a quasiment pas de traces de mules, le diluvium semble être très récent. A l’approche du premier village, nous prenons enfin la mesure de la catastrophe : la piste n’existe plus du tout sur plusieurs centaines de mètres de long, des maisons ont été détruites et les gens sont encore occupés à déblayer les abords des maisons épargnées. Les champs eux-mêmes ont disparu sous les pierres et la boue ; pas de gamins pour nous demander des stylos, tout le monde bosse !
Plus loin, nous retrouvons enfin une piste sur laquelle seulement quelques 4X4 semblent s’être frayé un chemin ; ça secoue, mais ça roule. Patricia semble bien fatiguée et n’avance plus très vite : elle est en train de puiser dans ses dernières réserves, je le sens à son visage qui se ferme et ses paroles qui se font rares. Il faudrait qu’on arrive vite quelque part, d’autant plus qu’il est tard et que la nuit va tomber ; j’hésite à chercher un toit ici ou à continuer jusque vers Anergui qui ne doit plus être bien loin maintenant. Finalement, nous poursuivons. Anergui, enfin... Le village est perché sur une petite butte à l’abri des crues de l’oued ; au pied de la butte, quelques bicoques, deux hommes discutent entre eux. Je les aborde en leur demandant s’il y a un hébergement ici : l’un d’eux me répond avec un grand sourire qu’il tient le gîte situé là-haut, au sommet du village ; ça tombe plutôt bien ! Je l’annonce à Patricia qui arrive quelques instants plus tard : sa réaction ne me semble pas à la hauteur de cette bonne nouvelle ; pas de sourire, peu de mots, elles semble exténuée. Le gars le comprend d’ailleurs très vite : il lui prend son vélo pour gravir les 50 m qui montent au gîte, tente de la réconforter en lui promettant un thé chaud, une bonne douche ; peu de réactions....
Le gîte est vraiment très beau et magnifiquement situé ; il domine la vallée et le village. Nous sommes accueillis sur une belle terrasse ; le patron nous montre la chambre où Patricia s’écroule ; elle se sent fiévreuse, a mal à la gorge, ne veut même pas de thé, juste dormir. Il lui dit qu’il dispose d’un petit stock de médicaments et qu’on cherchera quelque chose pour elle ; je ne sais si ça la rassure, mais elle se couche en nous demandant d’éteindre la lumière (parce qu’en plus, il y a de la lumière !)... Un couple de français en 4X4 est là, ils ont aussi un peu de médicaments (denrées très rares dans l’Atlas) et je me sens rassuré. On fouille dans des cartons amenés par le patron à la recherche de médicaments appropriés tout en prenant le thé. Une demi-heure plus tard, Patricia apparaît ; elle a retrouvé un peu de forces et c’est avec une grande joie que je retrouve en elle sa joie de vivre et le plaisir qu’elle prend enfin à être ici, dans cette petite oasis de confort et de douceur. Un autre thé et un doliprane plus tard, ça va encore mieux. D’autant plus que le patron tient sa promesse de douche ; mieux même, il s’agit d’un petit hammam ! Il est prêt et bien chaud : on entre par un petit sas, puis on pénètre dans une petite pièce éclairée par une bougie. Assis sur un petit banc, nous nous aspergeons mutuellement et nous frottons ; après l’étape difficile et éprouvante d’aujourd’hui, c’est un vrai moment de bonheur ainsi qu’un bon décrassage que nous nous octroyons ! Après le hammam, c’est le tajine, très réconfortant lui aussi. Cette fois, nous disposons d ‘un couteau et d’une fourchette chacun ; personnellement, je trouve que la fourchette est une très belle invention... La soirée est agréable sur cette terrasse presque fraîche puisque la nuit est tombée depuis longtemps déjà. On discute un peu avec les français qui se baladent en 4X4 et nous apprennent que la piste que nous devons emprunter demain n’a été rouverte qu’hier ; les intempéries qui ont ravagé les pistes et les villages du secteur on eu lieu il y a 10 jours à peine ; il n’y a eu que des dégâts matériels, pas de morts. Bilan de la journée : 31 kms ‘seulement’ pour 1200 m de dénivelé.
La nuit est réparatrice et Patricia, bien aidée par le paracétamol, se sent mieux. Le départ est agréable, dans la fraicheur du petit matin. Un léger courant d’air descend la vallée et nous pousse gentiment dans le dos. Au programme, 35 kms de piste qui descend les gorges de l’Assif Melloul, une des pistes les plus pittoresques de l’Atlas. Une règle que nous découvrons (mais dont on se doutait un peu) : ce n’est pas parce qu’une piste est globalement descendante qu’elle ne remonte pas un peu de temps en temps ! En l’occurrence, la piste passe son temps à longer la rivière puis à prendre de la hauteur dans la falaise pour passer un rétrécissement infranchissable plus bas. Le parcours est néanmoins très agréable, serpentant dans la gorge au gré des méandres de la rivière. Au cours d’une halte-crevaison, nous entendons des chutes de pierre assez fréquentes juste en face : ce sont des singes maladroits qui circulent sur une vire une cinquantaine de m au dessus de nos têtes.


Le matériel souffre...


Tout à coup, un obstacle imprévu se présente : le point bas de la piste est devenu une flaque de boue sur une centaine de m de long, certainement due aux orages de la semaine dernière ; la boue est trop molle pour pouvoir rouler et il faut se résoudre à pousser le vélo, de la boue bien collante jusqu’aux chevilles et qui enrobe bientôt les roues, les empêchant de tourner ; c’est au cours de ce portage que le chariot de selle de Patricia choisit de rendre l’âme. Ca a l’air grave mais avant tout, il faut sortir de ce bourbier, nettoyer les vélos avant de pouvoir diagnostiquer quoi que ce soit. Effectivement, une des deux tiges du chariot est cassé net, surement à cause des trop nombreux poussages. Il faut bricoler quelque chose, sinon notre aventure s’arrête ici.... Et encore, il faut faire au moins 100 kms sans selle avant de trouver une ville et un éventuel marchand de vélo. Donc, on bricole à l’africaine ! Un caillou judicieusement choisi, coincé entre la selle la sacoche de selle et le sommet du porte bagage, maintenu par un tendeur, ça semble faire l’affaire. On roule un peu, ça semble tenir. Et puis il suffit que Patricia se fasse légère, délicate et qu’elle ne pousse plus son vélo par la selle ! Et c’est reparti....
La vallée est belle, la piste agréable et fleurie de bosquets de laurier rose, mais la chaleur commence à se faire sentir : une baignade dans la rivière s’impose ! Malgré tout, le soleil continue son ascension, nous continuons notre descente en dessous de 1500 m et il fait de plus en plus chaud ; le niveau d’eau baisse à vue d’œil dans les bidons et 1h plus tard , lors d’une petite remontée qui nous sort des gorges, il fait carrément soif... Même dans les descentes, on a l’impression de respirer l’air qui souffle d’un sèche-cheveux ; il faudrait vite s’arrêter quelque part. Nous savons qu’il y a un gîte à 15 ou 20 kms et je presse un peu Patricia pour qu’on y arrive pas trop tard ; elle n’est pas encore très en forme après la dure journée d’hier et je sens ses réserves d’énergie fondre à vue d’œil. L’arrivée au gîte est douloureuse : pensant prendre un petit raccourci, elle tombe avec le vélo au bas d’un petit fossé ; j’arrive quelques dizaines de secondes plus tard par le chemin ‘normal’ pour la trouver en larmes : c’est la tension nerveuse et physique qui se relâche à la fin des difficultés. Mais elle se calme très vite : on va trouver ici de l’eau, à manger et de la fraicheur. Un bon thé et un bon tajine plus tard, tout va mieux !
Il est 13 h et nous n’avons pas fait beaucoup de kms mais j’hésite à repartir : Patricia est fatiguée, le temps est orageux et il pleut un peu par moments. Patricia, très courageuse, aimerait repartir en fin d’après-midi, moi, je nous verrais bien nous reposer un bon coup ici, le gîte est très sympa.... Finalement, elle s’endort devant son assiette ; on verra plus tard. J’en profite pour bricoler un peu les vélos qui souffrent beaucoup et j’épuise ma réserve d’huile sur les chaînes et les dérailleurs ; je discute un peu avec le gardien du gîte, je regarde la pluie tomber... Vers 16h, Patricia se réveille : bien reposée, elle veut partir !Le gardien m’a prévenu, la piste que nous voulons prendre est très belle mais les premiers 15 kms sont très raides. Tu veux partit quand même ? Oui ? Le temps est un peu orageux, tu es sure de vouloir y aller ? Oui ? On va surement bivouaquer car on n’aura surement pas le temps d’arriver au prochain village, on y va quand même ? Oui ? Et bien, on part ! C’est parfois un peu fatigant, mais finalement c’est extraordinaire d’avoir un compagne toujours partante et optimiste ; et quand en plus, on se souvient que dans la vie ordinaire, c’est la même chose.... C’est toute cette vie dite ‘ordinaire’ qui ne l’est plus !
Le début est très agréable : la piste est bonne, pas trop raide, il ne pleut pas. Nous serpentons au pied de ‘la Cathédrale’, une superbe montagne qui présente de ce coté une magnifique paroi calcaire verticale de plusieurs centaines de m de haut. Puis insensiblement, la pente se redresse et nous voilà bientôt poussant nos vélos sous les premières gouttes d’une belle averse. Mais le moral est bon : on gagne de l’altitude, le paysage est superbe et l’orage s’éloigne. Deux heures plus tard, nous sommes à l’altitude du sommet de la Cathédrale, au dessus de la forêt. Nous hésitons un peu : il est 18 h, il reste 2 h de jour, il y a une maison au dessus où nous pourrions demander l’hospitalité... Mais le mauvais temps s’éloigne, on pourra toujours bivouaquer plus loin et Patricia est d’avis de continuer ; je suis d’accord.


Ambiance....

La suite se déroule dans une magnifique ambiance de fin de journée ; La nuit s’approche tandis que la piste s’engage dans une très longue traversée qui se termine par un col, très beau mais bien lointain ! Dans la lumière du soir, la montagne prend des couleurs qui vont du jaune au violet en passant par le rouge omniprésent dans l’Atlas. La traversée à flanc commence presque horizontalement ; mais à nouveau, des orages ont ravagé la piste et il faut pousser les vélos pour franchir des coulées de boue devenue dure comme de la pierre. On continue d’avancer en espérant que la piste que nous voyons monter en face, de l’autre coté du ravin qu’on franchira Dieu sait comment, ne sera pas dans le même état. Mais la piste s’améliore : elle monte toujours assez raide mais on parvient à rester sur le vélo. Nous traversons le ravin pas trop ravagé et l’ascension se poursuit dans la lumière du jour finissant ; la piste est maintenant taillée dans un pan de montagne très rouge ; la forme est bonne, Patricia avance bien, c’est magnifique. Nous arrivons à proximité du col où nous pensions peut-être bivouaquer dans les ruines d’un ancien poste de garde ; mais c’est vraiment une ruine pas très engageante. On hésite un peu ; il fait presque nuit, continuons jusqu’à ce qu’on n’y voit plus rien, on bivouaquera sur la piste, il n’y a évidemment aucun trafic, pas de mules, personne ! Après encore ¼ h très raide, nous arrivons au col, il fait complètement nuit et on sort les frontales ; l’endroit n’est pas terrible, il y a un peu de vent ; nous sommes vers 2000 m et il ne fait pas si chaud que ça... Patricia n’est pas très chaude pour s’arrêter ici et préfère continuer dans le noir...
La descente de l’autre coté nous semble très raide mais on n’y voit rien ; on descend prudemment à la lueur bleutée des frontales. La pente semble s’assagir et la piste traverse maintenant horizontalement dans ce qui semble être un alpage. Il nous semble entendre un bruit, peut-être des voix ; à la lueur de la lampe, on distingue la forme d’un maison au dessus de la piste ; laissons les vélos et allons voir ! C’est une bergerie avec des dizaines de paires d’yeux qui brillent dans le noir : des chèvres ! Au même moment, des voix féminines qui semblent nous appeler ; nous essayons de nous en approcher mais peut-être les avons nous effrayées ; les voix s’évanouissent et il n’y a plus de sentier. Il faut retourner aux vélos avant de les perdre complètement. Je pense bivouaquer là, sur la piste, mais Patricia pense qu’on approche du village et veux continuer ; elle a surement raison ! Effectivement, 500 m plus loin, une lumière : mais impossible de savoir si elle est à portée de main ou plutôt sur un repli de la montagne, inaccessible sans trouver de chemin. Nous n’arrivons pas à nous en approcher ; on continue. Cette fois, une autre lumière, beaucoup plus proche ; on distingue bientôt l’ombre de quelques maisons ; on s’approche, on nous a entendu, le bruit des vélos qui cognent sur les pierres....Un endroit parfaitement plat, une odeur de fumée : stop, nous sommes sur un toit ! Demi-tour, on contourne la maison guidés par des femmes qui nous font signes. Et nous arrivons dans un cercle de lumière, on franchit une porte, on nous accueille dans une pièce qui nous paraît chaude et douillette ! C’est la seule maison du hameau qui dispose d’un capteur solaire et de quelques ampoules...Trois hommes sont là, allongés sur des coussins. Celui qui semble être le chef nous invite à nous asseoir et crie quelque chose aux femmes qui s’activent dans la pièce d’à coté : l’une d’elles arrive avec une aiguière pour nous laver les mains, puis apporte une table basse avec le thé, le pain et l’huile d’olive.
La conversation s’engage : c’est difficile car aucun des hommes ne parle français mais nous finissons par comprendre que le chef de famille est en pourparler avec deux négociants en noix ! Il semble vouloir les soigner puisque bientôt, une des femmes arrivent avec des brochettes dans un plat : on nous invite à nous servir, c’est excellent ! Nous avons la chance de partager ce repas amélioré : d’habitude, il n’y a que du tajine ! d’ailleurs, le tajine n’arrive pas, c’est bizarre... Parfois, le chef interpelle les femmes, sans se déplacer ; elles lui répondent de loin, il semble y avoir du retard en cuisine... Peu à peu l’ambiance tombe et les conversations se tarissent, chacun se tasse un peu dans ses coussins et chacun des hommes semble somnoler ; sauf un dont je n’aime pas le regard insistant qu’il porte constamment sur Patricia....Mais le tajine finit par arriver : notre appétit est féroce ce qui semble amuser nos hôtes qui ont compris d’où d’ou arrivions et qui compatissent...

Une traversée en vtt de l'Atlas marocain (part 2/2) »

Commentaires

Belle prose !!!!!

A publier ? Ou non encore finalisé ? (ça a l'air de "couper" à la fin ?) [Jeroen, le 19.11.08]
Oui, c'est en cours de redaction. C'est en fait un texte que j'avais écrit pour moi et que je pense "publier" ici, ça peut éventuellement être interessant (velocipédiquement parlant) si je rajoute des infos techniques sur l'itinéraire, les étapes, etc...
j'ai quand même peur que ce soit un peu long... Et vous ?
Voila, maintenant c'est fini. je peux couper des bouts s'il y a des longueurs... [francois, le 20.11.08]
Wahou, quel récit! Génial François!!
J'avoue que je l'avais raté jusque là...
Je m'attaque à la suite dès demain!
C'est très agréable à lire, et vous en avez eu, des péripéties! ça fait envie en tous cas, jolie aventure...! Il faut aimer ça, et avoir le moral pour entreprendre tout ça! [marika, le 08.01.09]
superbe rando dans l'atlas
j'envisage qq chose de similaire en octobre prochain
j'ai bcp circulé a vtt dans le saghro, l'anti atlas depuis 15 ans, et l'an dernier en mongolie
je peux proposer qq info sur ces régions
voir aussi www.mongolie2008.blogspot.com pour qq images et bavardages [kiki, le 02.08.09]