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Au dessus du village, vallée du Talmes.
Au dessus du village, vallée du Talmes.
Pommiers dans la Vallée Heureuse (Aït Bougmez)
Pommiers dans la Vallée Heureuse (Aït Bougmez)
Vallée Heureuse: battage à l'ancienne
Vallée Heureuse: battage à l'ancienne
Village berbère au dessus d'Abachkou.
Village berbère au dessus d'Abachkou.
Maison berbère (au dessus d'Abachkou)
Maison berbère (au dessus d'Abachkou)
Cérémonie du thé pour 3 générations
Cérémonie du thé pour 3 générations
Chassage de mouche en attendant le thé...
Chassage de mouche en attendant le thé...
rencontre avec la DDE locale...
rencontre avec la DDE locale...
Notre hôte et sa fille à Tissinest (au bout du monde, au fond à droite).
Notre hôte et sa fille à Tissinest (au bout du monde, au fond à droite).
Après Tissinest on retrouve une piste et des couleurs.
Après Tissinest on retrouve une piste et des couleurs.
Un village à l'entrèe de la Tessaout.
Un village à l'entrèe de la Tessaout.
Magdaz, belle exemple d'architecture berbère.
Magdaz, belle exemple d'architecture berbère.
Beaucoup d'eau dans la vallée de la Tessaout.
Beaucoup d'eau dans la vallée de la Tessaout.
A l'assaut du dernier col, le Tizi'n Oulaoun.
A l'assaut du dernier col, le Tizi'n Oulaoun.
Dernier poussage à la fin du Tizi'n Oulaoun.
Dernier poussage à la fin du Tizi'n Oulaoun.
Enfin, un vrai couscous !
Enfin, un vrai couscous !
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Une traversée en vtt de l'Atlas marocain (part 2/2)

Par francois, le 20.11.08

Après le repas, on nous invite à venir nous installer dans une autre maison pour dormir : il s’agit d’une pièce toute en longueur et garnies de nombreux coussins et couvertures ; surement la maison pour les invités de passages. Les négociants en noix dorment encore ailleurs.... On s’installe sur des matelas bien confortables, il fait bon, la pièce est agréable et la nuit délicieuse. Bilan : 53 kms, 1300 m de dénivelé.


La vallée tranquille...

Le lendemain, réveil à 5h comme convenu la veille avec notre hôte : les paysans de l’Atlas semblent se lever tôt ce qui nous va parfaitement ; plus on part tôt, plus on peut faire de kilomètres avant la chaleur. Nous découvrons avec le jour qui se lève l’endroit où nous sommes : un petit hameau au milieu d’un alpage dans un cadre de montagne assez rude. Il fait très beau et la matinée est un vrai régal: dans la lumière tendre du matin, nous traversons les magnifiques alpages de la vallée de Talmest ponctués de villages paisibles où nous ne sommes pas du tout importunés par les gamins. Les touristes en 4X4 semblent ne s'aventurer que rarement par ici et cette haute vallée suspendue a gardé tout son cachet. C'est l'heure où les villageois partent aux champs à pied ou sur des mules. Là, un homme sarcle ses patates tandis qu'une femme entourée de ses enfants garde les moutons en filant la laine; plus loin, quelques enfants mènent un troupeau de chèvres vers les hauteurs; images paisibles comme sorties d'un conte d'autrefois.
Au dessus du dernier village, un petit col vers 2300 m permet de redescendre (moyennant une petite crevaison) sur un alpage franchement verdoyant; un petit ruisseau y serpente et pour la première fois, on peut vraiment voir de l'herbe, de la vraie, bien drue et bien verte. La tentation de rouler dans l'herbe est telle que nous dédaignons la piste (pourtant bonne) pour avoir le plaisir de rouler dans la prairie pendant un bon kilomètre. Au bout de l'alpage, un col nous attend et nous reprenons la piste, excellente et qui monte régulièrement. Nous y croisons 3 ouvriers qui l'entretiennent avec trois pelles, une chacun ! C'est tout ce dont ils semblent disposer pour aplanir les inévitables petites coulées de boue et de cailloux que les orages récents ont déclenché. Ils nous offrent un thé qu'ils préparent sur quelques braises qui patientaient dans un coin, c'est désintéressé et sympa.
L'altitude augmente et le vent se fait un peu sentir mais nous arrivons sans encombre au Tizi n' Issili, 2620 m. Il est 11 h, nous avons bien roulé, le paysage est superbe et nous savons qu'une longue descente nous attend sur une piste qui semble excellente. C'est une vraie piste, régulièrement entretenue (avec autre chose que des pelles !) qui fait communiquer deux vallées importantes et qui semble empruntée par quelques véhicules. Cependant, durant les 15 ou 20 kms pendant lesquels nous roulerons sur cette piste nous n'en rencontrerons que deux… Et la descente commence; la vitesse augmente sur cette piste bien roulante mais nous avons le loisir de rouler tout en regardant le paysage ce qui n'est pas courant en vtt… Mais à cette vitesse, nous sommes vite en bas, c'est à dire vers 2350 m, au pied du col suivant.
Il y a ici quelque chose qui ressemble à un village, ou peut-être des cabanes de berger vaguement retapées et qui auraient servies jadis de campement provisoire aux ouvriers qui ont tracé la roue; c'est du moins l'effet que nous fait Assemsouk, cet assemblage hétéroclite de planche, de pierres et de bétons. Quelques gars y traînent, je n'ose pas penser qu'ils y vivent… Nous sommes partagés entre l'envie de fuir et de nous reposer un peu à l'ombre, de boire un thé et de trouver de l'eau avant l'ascension du col suivant… Finalement, on s'arrête au boui-boui qui fait office de bistrot: le gars nous fait le thé pour 20Dh, prix tellement exorbitant qu'il semble en avoir honte lui même et qu'il rectifie le tir très vite; 5Dh, c'est bon. On rencontre un gars qui parle un français impeccable; il nous dit être là pour s'occuper de 'ses frères'; on comprend très vite qu'il s'agit d'un immigré marocain vivant en France et qui vient passer ses vacances pour faire du prosélytisme et prêcher la parole islamique; comme pour toutes les religions, les cibles privilégiées des religieux sont en priorité les plus démunis, les plus paumés; c'est ce que ce genre d'Imam est venu trouver ici… Celui-ci semble sincère (et c'est bien là le problème !), il est très gentil et nous offre une magnifique grappe de raisins…
Et c'est parti pour le col suivant; la piste est toujours aussi bonne, l'altitude tempère un peu la chaleur qui commence à s'installer dans les éboulis d'un paysage presque exclusivement minéral. Patricia avance bien et nous arrivons facilement au Tizin'Tsalli n'Imenaïn , 2763 m. La descente qui suit est à nouveau très agréable et agrémentée du raisin que nous picorons tout en roulant: un moment rare dans une vie de vttiste ! Un embranchement sans panneau, un coup de GPS, et nous quittons cette bonne piste pour une moins bonne (et qui remonte !) en direction d'un troisième col, le Tizi n'Tighist, 2629 m, une simple formalité. Nous sommes en vue de la fameuse vallée des Aït Bougmez, si chère à Patricia: c'est la 'Vallée Heureuse ', où coule une rivière importante qui irrigue de nombreuses cultures. Vu de satellite avec Google Earth, c'est un fin ruban vert au milieu d'un désert ocre rouge; et vu d'ici, c'est exactement la même chose, le spectacle est saisissant.


La vallée heureuse...

L’idée de Patricia, c’est de s’arrêter aujourd’hui dans un des premiers villages afin d’avoir le temps demain de bien visiter la vallée ; je suis d’autant plus d’accord que nous avons bien rouler aujourd’hui et qu’il commence à faire chaud. C’est à Ifrane, très beau village, que nous commençons à demander aux autochtones s’il existe un gîte ou un hébergement ; on nous répond que non, mais 500 m plus loin, nous croisons au bord de la piste un magnifique panneau ‘gîte’. Ca n’a rien de très étonnant, la vallée est assez touristique. Le gîte d’Ifrane est magnifique, installé dans une maison à l’architecture typique, l’une des plus belles du village. Les propriétaires sont en pleine récolte de l’orge mais l’accueil est néanmoins très sympathique et très vite, un bon thé nous est servi dans la fraicheur et l’ombre d’une jolie pièce qui donne sur une large terrasse. La maison est un peu labyrinthique, avec des couloirs qui font communiquer de nombreuses pièces, des cours intérieures, et même semble-t-il, des maisons voisines. On s’y perd un peu mais la fraicheur et le clair-obscur de l’ensemble est reposant. En fin d’après-midi, nous partons nous balader dans le village et les environs ; l’endroit stratégique est la source : il y règne un va-et-vient incessant de femmes ou d’enfants qui viennent y puiser un eau bien fraîche ; nous y restons un bon moment tant l’endroit est agréable, au milieu des champs et des vergers. Au menu du soir, pour changer un peu du tajine, couscous ! Un peu de glucides lents ne nous ferra pas de mal.... La soirée et la nuit sont reposantes : cette fois, nous ne sommes pas dans une famille avec des dizaines de paires d’yeux qui guettent nos moindres faits et gestes ; nous pouvons nous isoler dans notre chambre (une pièce avec 2 matelas par terre et des couvertures) et nous coucher à l’heure que nous voulons... Bilan : 54 kms pour 1500 m de dénivelé.
Nous partons tôt le lendemain, à la découverte de cette belle vallée d’Ait Bougmez ; nous roulons ‘cool’ et faisons parfois des détours pour nous immiscer dans les ruelles des villages à la recherche de belles maisons, ou dans des petits chemins qui ne mènent nul part mais qui nous font mieux sentir la vie quotidienne, comme cette petite allée, couverte d’arbres et encombrée d’ânes chargés de bidons, qui conduisait à un point d’eau. Il fait beau, frais, la piste descend légèrement et pour une fois, nous nous reposons en roulant. Petit détour par le gros bourg de la vallée, Tabent dont nous venons de rater le jour du souk au grand dam de Patricia (c’était hier, on n’a pas pédalé assez vite !) : elle en avait gardé un grand souvenir lors de son précédent passage, le jour du souk ! Aujourd’hui, nous n’y trouvons pas grand chose : Patricia, toujours à la recherche de médicaments pour sa gorge ne trouve rien à la ’pharmacie’ (en fait, un simple dépôt de quelques rares médicaments) ; pas grand chose à manger non plus... Il y a quelques voitures dans la rue avec quand même un peu d’animation et j’espère bien trouver de l’huile pour graisser les vélos ; on avise une vague échoppe devant laquelle gisent quelques vélos, certains sur leurs deux roues, d’autres à l’envers. Ca ressemble à un atelier : il n’y a pas d’huile, juste de l’huile de vidange dont on me vend une petite burette à prix d’or (50 Dh !) ; ça me va, les chaînes commençaient à réclamer de l’huile à grands cris ! j’en profite aussi pour acheter une pompe, la mienne ayant rendu l’âme dès le début (grave erreur de préparation, heureusement que j’avais gardé la pompe haute pression en dépannage...).

le monde est petit !

Et nous poursuivons notre descente de village en village.... Plus loin, Patricia reconnaît une source au bord de la rivière où elle était passée il y a 5 ans. Le lieu est agréable, les femmes lavent le linge dans l’eau, les enfants jouent près de leur mère, et l’eau de la source est bonne. Ca fait quelques heures que nous roulons et décidons de nous arrêter un peu ici, l’inévitable offreur de thé nous ayant invité chez lui ; il tombe quelques gouttes, pourquoi ne pas profiter de l’invitation ? En discutant, il semble très bien connaître Momo, le copain guide de Patricia puisque le premier mot qui sort spontanément de sa bouche en parlant de lui est : ‘salopard, il me doit 30 000 Dh !’ Le monde (marocain) est petit... Il nous donne aussi l’adresse d’un copain à lui qui habite dans un des villages où nous devons passer ce soir ; on ne sait jamais...
Nous reprenons la route qui est maintenant goudronnée pour la quitter 3 kms plus loin : notre itinéraire préfère la piste ! Celle-ci plonge dans une profonde vallée qu’il va bientôt falloir remonter ; le temps est lourd, un peu orageux et il commence à faire très chaud mais nous sommes bien reposés et continuons, d’autant plus que la vallée est très belle. Il n’y a toujours aucune circulation automobile sur une piste pourtant bonne et qui épouse toute les courbes de la rivière ; parfois nous passons à l’ombre dense de beaux noyers où la halte serait sympathique, parfois nous grimpons des côtes sous un soleil lourd et globalement, on avance. Petit arrêt bienvenu pour visiter des greniers à falaise à quelques encablures de la piste ; le temps devient orageux et je suis nerveux ce qui, du coup, énerve Patricia : je cavale devant à la recherche d’un petit moulin berbère tandis qu’elle court derrière moi, ça ne l’amuse pas beaucoup.... De retour aux vélos, il pleut : on s’habille, il ne pleut plus ; on dit de ce temps qu’il est instable....
Nous gravissons la dernière côte qui mène à Abachkou sous les applaudissement et les cris de quelques enfants perchés sur le toit d’une maison : il faut dire que la pente est raide ! Abachkou est un gros village, le dernier indiqué sur notre carte avant le col du Tizi n’ Tighist, 15 km plus haut. Cependant, nous avons cru comprendre que l’adresse indiqué par notre hôte du midi se trouve au dessus d’Abachkou ; On se renseigne auprès d’un gars assis devant une petite épicerie et nous lui tendons le bout de papier écrit en arabe : il a l’air de comprendre et même de savoir où c’est ! C’est plus haut à droite de la route du col, entre 5 et 10 kms... Nous sommes perplexes, le lieu exact ne nous paraît pas très clair et le temps nous paraît bien sombre ; le tonnerre gronde sur les hauteurs... Il n’est que 16 h, nous décidons d’attendre au gîte ; on y boira un thé et on verra venir. Un gamin court chercher le patron qui n’était pas loin et qui s’empresse de nous préparer le thé rituel accompagné du non moins rituel pain. Il a l’air content de voir des clients dans son gîte vide mais nous lui expliquons que nous ne sommes pas surs de rester ; il reste très agréable avec nous, on discute, la halte est agréable. L’orage semble s’éloigner et nous nous préparons à repartir ; au moment de payer, le gars refuse d’être payé même après plusieurs tentatives ; c’est plutôt rare !


Village berbère.

La montée reprend sur une piste bien raide et au bout de quelques kilomètres, nous avons la surprise de découvrir au loin plusieurs magnifiques villages aux maisons de pierre rouge accrochées aux versants de la vallée ; l’architecture est superbe, les maisons ont souvent plusieurs étages et parfois de belles terrasses couvertes et ornées de piliers qui soutiennent le toit. Le temps est moins menaçant et le vent est tombé ce qui nous permet, en approchant d’un village, d’entendre une rumeur faite de voix et de cris d’animaux, la rumeur de la vie. On se dit que ce serait une chance si notre adresse pour la nuit était dans ce village ; nous savons juste que c’est près d’un hôpital. Il y a justement pas loin une construction rose et moderne qui pourrait ressembler à ça : on quitte la piste principale pour celle de droite qui semble mener au village. Un peu plus loin, une première maison avec un gars devant la porte, on lui tend notre bout de papier : il semble connaître et nous propose de nous guider ! Mais avant, Patricia, toujours à la recherche de médicaments pour sa gorge, n’a pas perdu de vue qu’on était près d’un hôpital ! Mais le gars nous dit que c’est fermé ; il envoie à tout hasard un gamin qui part en courant mais qui revient bien vite : évidemment, pas de médecin, pas de médicaments....
Et nous grimpons vers le village en poussant nos vélos derrière notre guide improvisé. Le village est construit sur une pente assez raide et la maison qu’on nous indique semble être l’une des plus hautes ! Bientôt, le poussage se transforme en portage sur des sentiers un peu escarpés qui grimpent entre les maisons, mais on finit par arriver quelque part : devant une grosse maison à étage et à terrasse ! Notre guide appelle et discute avec les occupants en montrant notre bout de papier : celui qui semble être le chef nous accueille et nous fait entrer dans cette immense maison ; les occupants sont en plein travaux, et on nous montre fièrement la belle dalle de béton qui vient d’être coulée (tout à la main, bien sur !) dans une des pièces. On nous fait visiter, on non invite à venir sur la terrasse couverte pour prendre un bon thé à la menthe. Les femmes s’activent dans une des pièces pendant que le chef nous invite, nous et notre guide, à nous servir et nous resservir... On tente de discuter un peu, mais notre hôte ne parle pas le Français et nous ne parlons toujours pas le Berbère....
Finalement, nous partons visiter le village avec notre guide en attendant que le tajine se prépare ; les maisons sont belles, bien construites, solides sur leurs fondations et leurs murs dans une pente assez raide. Il y a pas mal d’animation, les gens rentrent des champs alentours avec leurs mules et leurs ânes ; les femmes tirent de l’eau aux fontaines, quelque part, on entend les enfants d’une école coranique psalmodier des versets du Coran. La nuit tombe ; après quelques minutes passées à regarder la nuit tomber sur le village du haut d’une terrasse, nous rentrons. Plusieurs thés et longtemps après, le tajine arrive enfin sur une petite table basse : il est très bon d’autant plus que nous avons bien faim ! Puis chacun se disperse et on nous conduit dans la pièce qui nous a été réservée : plusieurs tapis par terre, un vrai matelas recouvert de nombreuses couvertures, des oreillers, un vrai petit nid douillet dont nous allons bien profiter ! La maison où le hasard nous a envoyé est riche et confortable, notre nuit aussi. Bilan : 42 kms pour 1100 m de dénivelé.


Quand on a un GPS, on l’allume !

Six heure du matin, c’est l’heure normale de lever ici : nous prenons le petit déjeuner (thé, pain et beurre) avec le chef entouré de ses petits enfants : le cérémonial du thé est plus long que d’habitude car le patriarche apprend aux enfants à servir le thé... Pendant ce temps, le soleil commence son ascension et je ronge mon frein en silence. Vers 7h, c’est le départ et la journée commence par un monstrueux plantage d’itinéraire : la piste monte vers un autre village, visiblement on ne prend pas le chemin du Tizi n’Tighist ... Demi tour et je pars devant à fond pour essayer de retrouver l’itinéraire : pas évident, je laisse le vélo et pars à pied dans le fond d’un oued à sec à la recherche d’une piste ; je finis par la retrouver au bout d’un quart d’heure. L’embranchement qui nous avait échappé n’était pas évident, la piste qui monte au col est visiblement très peu pratiquée ; ça promet....Je finis par retrouver Patricia qui m’avait perdu (à moins que ce soit moi qui l’ai perdue ?) et qui tournait en rond de plus en plus inquiète, et c’est reparti. Si j’avais allumé le GPS au bon moment, on aurait gagné une heure...
La piste est belle et sinue dans un terrain très vallonné rouge et ocre ; ça monte fort et il commence déjà à faire chaud. On passe un premier col qui nous cachait la suite : et bien on n’est pas arrivés ! Ca roule encore un peu, mais bientôt, ça pousse, le terrain est vraiment trop raide et caillouteux, et le vrai col encore loin ! Mais tout a une fin, même les montées les plus cassantes : le col est enfin en vue, et bientôt nous pouvons admirer les gravures rupestres qui font la célébrité de ce col. Pour l’heure, à part nous deux et un gardien qui campe là pour surveiller le site, il n’y a personne. Nous visitons : ça veut dire que nous pénétrons dans l’enclos de pierres sèches qui délimite les dalles où sont gravées des personnages, des armes, des soleils et quelques animaux. Le gardien nous baragouine que « c’est très vieux » ; effectivement, d’après notre guide, les gravures ont 6000 ans... On se repose un peu, on mange aussi ; nous sommes vers 2400 m et nous venons de gravir pas loin de 1000 m, erreur d’itinéraire comprise.

Une rencontre avec la DDE locale...

Et la descente commence ; contrairement à ce que j’avais cru comprendre sur le guide, la piste est bien meilleure qu’à la montée ; tant mieux ! De plus, le paysage est très beau, plus vert, on dirait presque des alpages. Un peu plus bas, un magnifique village aux maisons rouge domine un petit torrent et des vergers ; on goute une pomme : pas tout-à-fait mure ! Un peu plus loin, on rencontre la DDE en action : une dizaine de gars sont occupés à réparer la piste au passage d’un torrent ; j’ai compté, ils disposent de 3 pelles et d’une barre à mine qui leur sert pour l’heure à déplacer un gros rocher de plusieurs centaines de kgs. Evidemment, le chantier n’avance pas très vite, mais au moins, ça se passe dans la bonne humeur : ils plaisantent er son fiers de poser pour la photo avec leur outil !
Mais tout comme les montées, les descentes aussi ont une fin : notre piste si agréable vient buter au pied d’un village perché au sommet d’une pente raide. La montée directe semble très raide et nous tergiversons un peu en essayant d’esquiver le problème par la droite où un autre semblant de piste semble monter moins raide. Peine perdue : au bout de quelques centaines de mètres, nous voilà de nouveau à coté des vélos pour pousser. Et c’est ainsi que nous faisons notre entrée dans Tarbat n’Tirsal, sous les regards curieux et vaguement goguenard des villageois. Ce village est lui aussi très beau, mais Dieu que l’endroit est raide ! Patricia commence à montrer quelques signes de fatigue que je commence à bien reconnaître : son visage se ferme, elle s’impatiente et s’énerve quand à chaque question que nous posons pour savoir où est l’épicerie, la source et s’il y a ici un gîte, on nous répond invariablement que « c’est plus haut ! ». A ce petit jeu, on finit par arriver au sommet du village sans avoir rien trouver ; là-haut, il y a du vent, Patricia a froid et s’habille, je n’ai pas vraiment envie de redescendre les mètres si durement gagnés pour chercher mieux : j’avise deux femmes qui discutent à la porte d’une maison, de cruches pleines d’eau à la main ; je leur explique qu’on a faim et soif et l’une d’elles nous invite chez elle. Patricia bougonne encore un peu mais finit par accepter et nous suivons notre hôtesse à l’intérieur. Ca tombe bien, c’est l’heure du repas et toute la famille est déjà assise sur des coussins devant une table basse ; on nous fait un peu de place et on nous invite à partager le repas ; ce midi, tajine poulet !
Ce qui est bien quand on fait une halte au sommet d’une piste, c’est que ça commence par descendre ! Et cette descente là est de toute beauté : assez raide sur une piste roulante, elle nous promène au travers de quelques alpages au dessus d’un beau torrent qu’on finit par rejoindre. Des femmes y lavent du linge, le prochain village n’est pas loin. Le voilà : quelques beaux noyers à l’ombre fraîche nous incitent à la halte ; malheureusement, dans tous les villages, il y a des gamins et ceux-là ne semblent pas avoir vu souvent des touristes à vélo ; ils nous collent un peu, nous demandent à tout hasard quelques stylos ou quelques Dh. Il faut élever un peu la voix pour avoir un peu de paix et de tranquillité ce dont Patricia profite pour s’endormir instantanément ; je veille et monte la garde... Repose toi mon amour, tu as 1 heure devant toi (pas une de plus !) car à 16 h, on repart !
La descente de cette belle vallée se poursuit sous un soleil oblique qui embellit la montagne. Nous traversons un souk fermé : des deux cotés de la piste, une succession de petites cahutes aux portes fermée à clés. Seule l’une des boutiques est ouverte : nous y trouvons à acheter quatre cacahuètes et nous poursuivons notre chemin. D’après le GPS –que j’ai allumé à temps pour une fois !- nous devrions bientôt quitter cette assez bonne piste pour une autre à gauche ; d’après notre guide, c’est une piste plus sauvage et « pratiquement pas entretenue » qu’on hésite d’ailleurs un peu à emprunter. Mais ça à l’air plus beau, si tout va bien, ça nous raccourcirait même un peu ce qui n’est pas négligeable car les jours passent et l’autre bout de l’Atlas est encore loin ! Allez, c’est parti, on tente.

Au bout du monde.

Ca commence par une descente (gage d’une future remontée !) au fond d’une magnifique petite gorge très « canyonesque », un Verdon en miniature. La remontée ne tarde guère, plutôt roulante pour une fois, même s’il faut pousser un peu de temps en temps. Après la traversée d’un village plutôt agréable puisque des enfants s’amusent à nous pousser sans trop nous demander de stylos, le terrain devient un genre de paradis du vtt : de la terre ou des graviers plutôt compacts, pas trop de cailloux, un beau sentier bien lisse qui se déroule dans les ondulations du terrain. Même avec les sacoches, on s’amuse ! On traverse un village particulièrement tranquille, paisiblement perché au sommet d’une petite côte, le Douar Azor : pas de gamins quémandeurs, des gens qui se reposent devant leur maison dans la fraicheur relative du soir, une lessive qui sèche sur des buissons, un vieux à grosses lunettes de myope qui nous remet gentiment sur le droit chemin à la sortie du village. J’ai très envie d’y faire halte, mais on a encore le temps d’atteindre le village suivant ; Patricia est en forme, on continue. On y arrive une heure plus tard par une piste qui commence par être complètement défoncée et qui finit par être complètement détruite : elle empruntait le fond d’un petit oued qui a tout ravagé ; les 50 m de dénivelé qu’il nous restait à faire pour atteindre le village nous prennent plus d’1/4 h. Une femme au sommet de la falaise nous a vu et nous encourage à poursuivre avec de grands signes de la main; c’est donc bien par cet éboulis instable qu’est devenue la piste qu’il faut passer...
Nous arrivons à Tissinest à bout de souffle ; nous ne sommes pas les seuls : une jeune femme très pâle et visiblement malade avance lentement sur le sentier soutenue par quelques villageois. Les gens s’occupent de faire rentrer la jeune femme chez elle, puis très vite, un gars vient nous voir et nous propose très gentiment de nous héberger chez lui : nous n’attendions que ça et l’affaire est vite conclue ! Il nous fait entrer dans sa maison, dans une pièce qui semble être juste au dessus de l’endroit où il vit avec sa femme et sa fille. Pendant le thé de bienvenu, des curieux arrivent, en particulier deux très jeune femmes qui parlent un excellent français : la conversation en est grandement améliorée ! Les deux filles, très contentes de bavarder avec une étrangère, sautent littéralement sur Patricia ( ravie de rencontrer autre chose que des hommes !), occasion très rare dans ce coin de montagne complètement à l’écart. On y apprend, entre autre, que notre hôte part bientôt en vacances à Agadir ; ça paraît complètement surréaliste surtout quand il nous dit qu’un camion passera le prendre dans quelques jours non loin du village : on se demande bien par où pourrait passer un camion dans le coin... La soirée est agréable avec un bon tajine, puis notre hôte et ses amis nous laissent nous coucher sur les matelas mis à notre disposition. Bonne nuit tranquille... Bilan : 42 kms et 1200 de dénivelé.



Vers la Tessaout.

Le lendemain, le départ est laborieux : la piste quitte le village puis s’arrête sans prévenir au sommet d’un petit ravin d’une dizaine de mètres ; en bas, c’est l’oued qui semble avoir tout ravager. Il faut se résoudre à emprunter son lit, encombré de gros cailloux et de boue. Bien longtemps qu’un 4X4 n’est plus passé par ici... On avance au mieux dans le fond de l’oued pour finir par retrouver plusieurs centaines de mètres plus loin une vague trace qui sort du lit de l’oued, et un peu plus loin, la piste ; on peut remonter sur les vélos ! On grimpe vers un col, 300 m plus haut dans un paysage très coloré : le blanc du premier plan contraste étonnement avec le rouge ou le violet de la pente en face ; c’est magnifique, et en plus ça roule ! Ca tombe bien parce que les jours passent et nous nous sentons encore bien loin de la fin de notre périple : il faut passer un grand col, remonter longuement la rivière Tessaout, passer un autre col vers 2800 m avant d’enfin plonger vers le Sud et l’Oasis de Skoura d’où, si l’on n’arrive pas trop tard, un bus ou un taxi nous conduira jusqu’à Qualla m’Gouna, chez les amis de Patricia ; et pour ça, il nous reste 2 jours... Pour l’instant, il faut finir l’ascension de ce petit col.
Une vallée suspendue avec un beau village, puis un autre col ; ça y est, on commence à voir la suite de l’itinéraire : une longue descente dans une profonde et large vallée, et surtout une grosse remontée de 800 m vers le Tizi ? (2300 m) juste en face de nous. Ce col important est empruntée par une vraie route goudronnée où nous devrions aller assez vite ; ça nous rassure un peu.... Et puis la piste pour descendre du col où nous sommes perchés semble bonne et rapide, allons-y ! Une crevaison plus tard, on finit par se rendre compte que la piste qui nous paraissait si bonne est en fait très caillouteuse.... Mais on descend quand même ; il fait de plus en plus chaud et la source au bas de la descente est bienvenue. Ca y est, on touche le goudron ! C’est agréable pendant quelques kilomètres, c’est lisse, ça roule bien et on n’est plus secoué ; mais c’est très vite monotone, et le même mouvement exactement recommencé fini par faire mal aux fesses.... Et puis ça monte, et puis il fait vraiment chaud, et puis je crève à nouveau : c’est le mystère de l’épine fantôme...
Une heure plus tard, on entend un camion qui monte doucement (bien qu’à fond....) ; dans 10 minutes il va nous doubler, on va essayé de s’y accrocher. Il arrive à 10 ou 15 km/h ; petite accélération et hop, on s’accroche à la benne chacun d’un coté et ça monte tout seul ! On gagne ainsi 100 m de dénivelé avant que Patricia ne lâche, victime d’une crampe au bras ; enfin, c’est toujours ça de gagné... On repédale.... Puis un petit minibus se présente : on le hèle à tout hasard et il accepte de nous monter jusqu’au sommet du col, 400 m plus haut. On vient de gagner une bonne heure et de la fatigue. Le début de la descente est agréable : on avance vite, il fait moins chaud et il y a toujours aussi peu de circulation. Mais une petite difficulté inattendue se présente : le col n’avait pas dit son dernier mot ! Il n’est pas tout à fait mort et nous propose un dernier combat sous la forme d’un jolie côte de 200 m en plein cagnard... Au sommet, il rend enfin les armes et la vraie descente peut commencer.



Aït Amlil, village sordide.


On perd très vite de l’altitude et bientôt, nous avons l’impression de descendre dans un four. Au bout d’une demi-heure de ce petit jeu, on se retrouve 800 m plus bas : il fait pas loin de 40 ° quand nous pénétrons dans Ait Amlil vers 14 h. Pas question de continuer, il faut s‘abriter du soleil et se reposer. Pas de chance, ce bled est le pire que nous ayons vu au Maroc. L’unique rue est bordée de baraques toutes plus minables les unes que les autres mais on y trouve quand même une épicerie où nous pouvons acheter de l’eau. On cherche un endroit où se reposer à l’abri du soleil et on nous indique les 2 bistrots qu’on avait repérés à l’entrée du village ; ils n’avaient rien d’engageant : que des hommes très occupés à ne rien faire attendant que ça se passe, affalés sur des tables vaguement à l’ombre. Il faut bien se résoudre à y aller ! A l’intérieur, tout est très crasseux : on dégage un coin de table au fond près du mur et de la fenêtre et on commande un thé. Patricia se case dans le coin et je tente plus ou moins inconsciemment de la protéger des regards de tous les hommes qui n’on rien d’autre à faire que nous dévisager. Les jeunes ados surtout nous zyeutent d’un regard oblique mais sans vergogne ; ils semblent tellement s’ennuyer que je les plaindrais presque s’il ne m’énervaient pas autant. J’en prends un à parti, je me tourne vers lui en le dévisageant comme il me regarde ; je lui parle ; je lui demande s’il s’emmerde vraiment tant que ça. Il ne comprend surement pas tout ce que je lui dis, mais vaguement gêné, il finit par détourner le regard. L’ambiance est lourde, ça commence à ressembler à la scène mythique de l’attente du train dans « Il était une fois dans l’ouest » ; tout y est, même les mouches. Un événement vient faire diversion : l’arrivée du bus ! Il s’arrête en plein milieu de la route –de toutes façons, il n’y a pas de circulation- et le chauffeur en descend sans autre formalité. Il repart bientôt –pas de panique, ça veut dire pas avant une heure !- vers Toufghine, on va le prendre, ça nous fera gagner 15 kms de goudron en plein cagnard...
Le bus nous laisse sur le pont qui enjambe la Tessaout, belle rivière dont on doit remonter les gorges pendant une quarantaine de kilomètres avant de s’en échapper par un col haut perché vers 2800 m. Il fait un peu moins chaud, le soleil se cache derrière de gros nuages d’orage. Nous sommes contents de remonter sur les vélos et de nous enfoncer à nouveau dans la montagne. D’ailleurs, Patricia semble reprendre du poil de la bête : une petite crise d’une de ses envies favorites la reprend, elle veut se baigner ! C’est bon signe...J’ai souvent les mêmes envies qu’elle (ce qui nous rapproche beaucoup !) et nous voilà en quête d’un endroit baignable. Mais ce n’est pas si simple : soit l’eau est inaccessible, soit la rivière est trop près de la piste. Et le temps menace, si on pouvait se baigner avant la pluie, ce serait bien... On finit par choisir un endroit qui s’avère pas terrible ; l’eau est plus loin que prévue, il faut traverser quelques petits champs de maïs, franchir quelques haies d’épineux, quelques blocs de rocher, pour arriver dans la rivière où on a de l’eau jusqu’au cou à condition de s’y allonger à plat-ventre ! Patricia commence à s’énerver mais fait contre mauvaise fortune bon cœur ; on arrive quand même à se rafraichir et même à se laver un peu. On retrouve les vélos et on repart ; 500 m plus loin, on tombe sur un lieu idéal de baignade ; cette Tessaout est décidément très joueuse...
Plus loin, un très joli village avec un magnifique grenier-forteresse d’une vingtaine de mètres de haut ; il y a même une pancarte indiquant qu’on peut visiter cette merveille ! Un vieil homme nous a vu et vient vers nous : c’est le guide du grenier. Il a l’air perclus de rhumatismes mais il grimpe devant nous à l’échelle rustique (un tronc d’arbre incliné avec des encoches) qui monte à l’intérieur ; il y fait très sombre, sa vielle lampe à bougie n’éclaire rien et le gêne ; je finis par sortir la frontale, certains passages devenant acrobatiques et même franchement exposés. Les normes de sécurité des sites ouverts au public ne sont pas les mêmes qu’en France...


Magdaz, village de rêve.

Vers 17 h, nous arrivons au gîte indiqué sur notre guide. L’endroit est un peu plus touristique à cause de la proximité de Magdaz, un des plus beaux villages de l’Atlas, et trois touristes françaises sont assises sur la terrasse. Elles font partie d’un groupe de trekkeurs d’Allibert et comme tout bon trekkeur, ne savent pas où elles sont, ni d’où elles viennent, ni où elles iront demain...Elles se laissent trimballer par leur guide. On en tire donc pas grand chose. De toute façon, c’est pas grave : nous, on sait où on est et on sait que si on veut visiter Magdaz, c’est tout de suite car demain on n’aura pas le temps. Donc, on décharge les vélos en vitesse et on repart aussi sec pour Magdaz situé à environ 5 kms dans une vallée affluente. Les filles sont assez médusées ne vous voir repartir aussi vite et je prends un malin plaisir à faire semblant de presser Patricia qui aime bien bavarder (doux euphémisme !) avec des touristes de rencontre mais qui n’est pas dupe et qui sait très bien qu’on doit repartir tout de suite...
Il est tard, l’orage menace et la montée à Magdaz se fait à un train soutenu ; il est vrai que les vélos sont déchargés, la piste est un vrai billard et je me sens des ailes. L’arrivée au village dans la lumière du soir et de l’orage naissant est saisissante : la tonalité générale est rouge, rose ou violet ; les maisons, parfois très hautes, semblent littéralement accrochées à la pente. C’est presque une petite ville avec une vraie architecture typique de cette région de la Tessaout. Beaucoup de monde vit ici, mais on ne voit aucun touriste ; il ne doit pas y en avoir beaucoup et de toute façon, c’est plus l’heure. L’inévitable guide est là qui attend le rare client mais ça tombe bien, grâce à lui on gagne un temps précieux. Il nous promène dans les ruelles, nous fait visiter les plus belles maisons et nous fait grimper sur les terrasses les plus panoramiques. L’ambiance est bizarre, il y a un peu de vent, la lumière est violette et il pleut un peu. Nous visitons un Magdaz original ! Au moment de partir, il se met à pleuvoir sérieusement : le guide nous invite à patienter en prenant un deuxième thé chez lui, à la lumière des bougies. Les jambes nues de Patricia l’inquiètent à cause du froid et il tient à lui prêter une longue robe pour repartir. Elle a du mal à lui faire admettre que ce ne serait pas très pratique en vélo...Son attention était néanmoins touchante et désintéressée.
L’accalmie arrive et on en profite pour redescendre au milieu de quelques bourrasques d’orage ; il était temps, on arrive au gîte avec la nuit ; il est 20 h, le tajine est prêt. Nous sommes seuls, les 3 touristes sont reparties sous leur tente avec le reste du groupe qui campe un peu plus loin. Nous nous installons dans la grande salle, très belle et relativement richement décorée ; le tajine est bon et copieux, ça ne peux pas nous faire de mal pour ce qui nous attend demain... Bilan : 60 kms et 1300 m de dénivelé.




Vous avez dit: extrasystoles ?

Mais la nuit est pour moi très difficile et angoissante : je suis réveillé par les battements, ou plus exactement par l’absence de battements de mon cœur : de temps en temps, il s’arrête ! Ce sont des extrasystoles : ça ne n’était encore jamais arrivé mais j’en ai entendu parler. C’est pas vraiment grave, surtout si elles disparaissent à l’effort mais je ne peux quand même pas sortir et piquer un 100 m dans la nuit pour voir ! Je prends mon mal en patience et j’attends le matin ; pour le moment, on va mettre ça sur le compte de la tension nerveuse et de l’effort que demande cette traversée de l’Atlas. Au matin, je dois avoir une sale tête car Patricia me demande ce qui m’arrive ; elle non plus ne s’inquiète pas outre mesure, elle connaît le problème. La question de ce qu’il convient de faire se pose néanmoins: rester un jour de plus ici pour se reposer, redescendre vers le goudron et trouver un médecin ? Cette dernière option ne m’effleure que quelques instants et je prends la décision de partir quand même, on verra bien à l’effort ce que ça donne...
Mon moral est néanmoins très bas et le petit déjeuner n’est pas aussi gai que d’habitude ; toutes les 20 ou 30 secondes, mon cœur semble s’arrêter, il y a mieux comme sensation... On charge et on part : sur le vélo, ça va mieux, pas d’extrasystole à l’effort ; je recommence à penser qu’on va peut-être finir la traversée dans de bonnes conditions. Et puis la lumière du matin est très belle dans cette profonde vallée de la Tessaout : il y fait frais, l’eau coule en abondance, d’ailleurs nous roulons souvent dans l’eau. Nous sommes en plein été, ça doit être souvent infranchissable en hiver et au printemps ! Très vite, nous rattrapons le groupe de trekkeurs d’Allibert partis un peu avant nous : ils marchent bien sagement et doucement à la queue leu leu derrière le guide. Les filles d’hier nous demandent si ce ne serait pas nous qui aurions été pris dans une tempête de sable hier soir :
- non non, on n’a pas eu de tempête !
- Pourtant, on a eu une tempête hier soir et on a vu 2 cyclistes qui passaient à ce moment là !
On comprend alors qu’il s’agissait bien de nous (il n’y a pas beaucoup d’autres cyclistes dans le secteur) et la tempête, ce serait ces bourrasques d’orage qu’on a essuyées pendant quelques minutes en arrivant au gîte ? Patricia ne peut s’empêcher de leur dire que si un jour elles vont dans le désert, elles verront peut-être une vraie tempête de sable et que ça n’a rien à voir avec hier soir... On les laissent à leurs fantasmes et on poursuit notre route. La piste est agréable et alterne entre méchants « coups de cul » pour s’élever un peu au dessus de la rivière et parcours plus plats mais souvent dans l’eau de la Tessaout. La vallée est très profonde, et les parois s’élèvent très haut vers le ciel et le soleil. Pourtant, il y a encore des villages et nous arrivons d’ailleurs en vue de l’avant dernier, Ichbakane : il est très pittoresque et coupé en deux, chacune des parties du village installée sur un piton rocheux, vraisemblablement à l’abri des crues dévastatrices de la Tessaout.
Vingt kilomètres plus loin, nous arrivons au dernier village, Anergui, situé à un élargissement de la vallée vers 2100 m d’altitude. Malgré l’altitude, il recommence à faire chaud et l’ombre fraîche d’un beau noyer nous invite à la halte. Comme d’habitude, une vingtaine de personnes -des enfants surtout- s’assemblent et nous regardent ; ce n’est pas très agréable mais le plus dur, c’est que je me sens très fatigué. Je n’arrive pas à savoir si c’est à cause de ma nuit blanche, de l’inquiétude ou des extrasystoles qui continuent quand mon cœur veut ralentir et se mettre au repos ; un peu des trois sans doute... On mange un peu, je n’ai pas très faim. Par contre, il faut trouver de l’eau car il n’est pas question d’entamer la traversée du dernier col sans avoir fait le plein. Nous sommes à la limite supérieure de la végétation et on voit la piste qui escalade les pentes rouges et ocres et qui se perd dans un désert montagneux et minéral ; c’est assez impressionnant d’autant plus qu’il va falloir monter jusqu’à 2800 m, qu’on arrive dans les heures chaudes de la journée et que je ne me sens pas au mieux de ma forme...

Le dernier col: Tizi'n Oulaoun

On trouve de l’eau dans un gîte où nous ne restons pas -il faut entamer l’ascension le plus tôt possible- et c’est parti. Ca monte fort, mais la piste est plutôt bonne et j’avance finalement très bien ; Patricia me suit de très près, j’aime ça. Le paysage devient magnifique, les montagnes imposantes (le M’goun, 4086 m, n’est pas loin) presque entièrement colorée en rouge et ocre et parsemées de quelques petites taches verte d’herbe tendre et rase. Dans le bas de la vallée que nous commençons à dominer, s’étagent des champs et des cultures, rubans verts au milieu des cailloux et de la terre rouge. Nous arrivons à coté d’une minuscule prairie, ½ hectare pas plus, où un couple de berger surveille un troupeau de brebis. C’est tellement bucolique et inattendu qu’il est impossible de passer sans s’arrêter : une petite pause dans de l’herbe bien verte au milieu de ce désert, c’est si incroyable ! Et l’ascension reprend ; on devine une longue rampe, quelques lacets, une dernière rampe où le vent de l’altitude vient nous ralentir et nous débouchons au Tizi n’Oullaoun, 2800 m. Je sens l’émotion m’étreindre et je vois bien à son visage que pour Patricia, c’est la même chose ; nous sommes sur le point de réussir notre traversée, il ne reste plus qu’à descendre sur le flanc Sud de l’Atlas pour rejoindre la vallée du Dadès et ses oasis. Nous cherchons un coin à l’abri du vent pour manger un peu et savourer la victoire que nous tenons au bout de nos doigts.
Bizarrement, mes extrasystoles s’espacent et je me sens presque bien. Nous entamons la longue descente qui nous attend (plus de 1000 m) sur une piste qui continue à être bien roulante ; la pente est plus raide de ce coté de la montagne, le paysage encore plus sauvage, le prochain village est encore très loin et l’orage approche ; d’ailleurs ça tonne et on voit bien que pas loin d’ici, il pleut ! Mais on s’en fout, on savoure notre plaisir le long de cette belle descente, on est heureux ! La piste serpente et plonge dans une profonde vallée qui semble pour le moment déserte ; mais quelques kilomètres plus bas, les premiers signes de vie apparaissent : un canal capte de l’eau dans l’oued et vient irriguer quelques petites terrasses, oasis plates et vertes presque incongrues dans ces pentes raides, minérales et sèches. Un peu plus loin, on descend vers quelques maisons de pierre, l’équivalent des chalets d’alpages en Europe ; quelques bergers nous font des signes de la main tandis que nous passons, très vite. Beaucoup plus bas, la pente s’assagit et nous entrons dans le premier vrai village ; comme nous arrivons vite, personne ne nous a vu venir et personne ne nous demande de stylos ! J’ai enfin l’impression de surprendre les enfants dans leur quotidien : au détour d’une maison, un gamin qui ne nous a pas vu arriver joue avec une boite de sardine vide attachée à une ficelle ; ce dénuement est très émouvant. Les enfants ici n’ont rien mais heureusement, ils jouent quand même. On comprend mieux que l’arrivée inopinée de deux cyclistes dans leur village perdu les mettent dans une telle transe... Celui-ci n’aura pas le temps de réagir et restera bouche-bée à nous regarder passer...
Et la descente continue sur une piste de moins en moins raide et qui remonte même parfois un peu ! En effet, nous quittons l’Atlas petit à petit ; l’orage, lui, s’y attarde mais ici il ne pleut pas ; il ne semble d’ailleurs jamais y pleuvoir : pas un brin d’herbe, tout est gris surtout avec cette lumière sans soleil. La piste serpente à flanc au dessus d’un oued ; le pente générale est faiblement descendante ce qui veut dire qu’on bute parfois sur de sévères –mais heureusement courtes- remontées. L’étape a été dure et nous commençons à être fatigués ; et puis ça sent la fin, la montagne s’éloigne inexorablement tandis que nous nous enfonçons dans ce qui ressemble de plus en plus à un désert gris. Nous guettons avec impatience l’apparition du goudron qui nous rapprochera encore un peu plus de la fin du périple. Ca y est, le voilà. Au début, c’est agréable mais bien vite, on s’ennuie. Il reste encore une dizaine de kilomètres jusqu’au prochain gros bourg , Toundoute, où nous pourrons trouver un transport -taxi ou bus- pour nous emmener à Skoura, grande ville oasis distante de 50 kms. Un minibus passe, on tend le pouce ; il s’arrête, on charge les vélos, ça y est, c’est fini.


Epilogue.

Un quart d’heure plus tard, nous arrivons à Toundoute ; il est 16 h. Nous avons parcourus 55 kms en vélo pour 1200 m de dénivelé. Il nous reste à trouver un transport pour Skoura, puis Quala m’Gouna située à 50 kms de Skoura, où habite Mahdi, l’ami de Patricia. Assez vite, on réussi à remplir un taxi collectif (7 personnes minimum !) qui nous conduit à Skoura. A Skoura, il fait chaud ; les rues sont crasseuses et poussiéreuses, et il n’y a pas de bus pour Quala m’Gouna. Nous errons un peu dans ce quartier des taxis à la recherche d’un transport ; un taxi nous dit qu’il ira à Quala plus tard.... On s’assied par terre dans la rue et on fait comme les autres, on attend. Patricia va téléphoner à Mahdi pour le prévenir qu’on arrivera chez lui « plus tard »... Plus tard, comme prévu ( !), le taxi repasse : il a réussi à faire le plein (7 personnes, c’est le tarif) et nous partons.
A Quala m’Gouna, surprise : Mahdi est là avec ses frères, en particulier le fameux Momo qui vit maintenant en France mais qui repasse de temps en temps chez lui au Maroc. Il semble s’être bien débrouillé à Paris car il nous emmène à la maison dans une superbe voiture climatisée : on n’est que 4 dedans et il y fait frais, c’est assez sidérant ! C’est le retour à la civilisation : la maison est confortable, Mahdi et Momo nous montre la chambre qu’il réservent aux hôtes, spacieuse avec un vrai grand lit. Après une bonne douche (à l’eau chaude !) c’est l’apéro (après tout, il n’est que 10h du soir) avant le tajine que la femme de Mahdi est en train de préparer. Mahdi, Momo et Patricia ne se sont pas vus depuis 5 ans et ont des tas de choses à se dire, la conversation est très animée et sympathique et sans la barrière de la langue, ils nous apprennent beaucoup de choses sur le Maroc.
Mais nous tombons de sommeil et pour une fois, c’est moi le plus fatigué des deux ; il faut dire que je n’ai pas dormi la nuit dernière. Malgré la chaleur, je m’écroule à peu près instantanément. Luxe suprême, on n’est même pas obligés de se lever tôt le lendemain matin (c’est à dire, pas avant 7h) ! On apprécie pleinement la journée qui passe tranquillement d’autant plus qu’on sait que ce sera la seule vraiment tranquille (c’est Patricia qui a planifié tout ça): demain, 7h de bus pour rentrer à Marrakech suivi du démontage des deux vélos dans la cour de notre hôtel et les 40° de la ville. Le soir même, on remonte en taxi à Imlil (50 kms de Marrakech) au départ du trek de 5 jours que Patricia va faire autour du Toubkal. Dernière nuit ensemble avant longtemps. Le lendemain, nos chemins se séparent : elle part vers le haut seule avec son muletier pour un tour du Toubkal de 8 jours qu’elle fera en 5 jours à grands coups d’étapes à 2000 m de dénivelé (c’est le muletier qui va trinquer ce coup là), et je redescends à pied vers Imlil, le taxi pour Marrakech, l’avion pour Toulouse. Le surlendemain à 4h30, je repars d’Auch pour 15 jours à Niamey où j'étais déjà il y a un mois et où je sais qu'il va y faire 45 °... j'aurai passé un été au chaud !

Commentaires

J'ai fait aussi le moyen Atlas Djebel Sahro et Swira à pied c'est très beau et je serais tenté de le faire en VTT mais c'est + compliqué.
Bravo [AB380, le 22.11.08]
bravo pour nous faire partager tous ces moments...Sans commentaires! j'ai traversé le haut atlas en vtt en 2002, j'ai mis un mois pour m'en remettre!! je souhaite y retourner à 4/5 p mais je cherche des cartes... pouvez vous m'aider? [fred, le 23.01.09]
a quelle saison avez vous fait cette belle traversée, et combien de temps avez-vous mis ?
[auguste, le 06.09.09]
où est passée la 1° partie, je voulais justement regarder vos commentaires sur la région de l'oued attach, aoujgal, etc ? [auguste, le 20.09.09]
On a fait ça au mois d'aout parce qu'on n'avait pas le choix.... Il vaut quand même mieux éviter le plein été mais savoir aussi qu'il peut y avoir de la neige de décembre à avril [francois, le 05.10.09]