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mont Türgen à la sortie d'Ulaangom
mont Türgen à la sortie d'Ulaangom
ne manque plus que la musique...( ulaan davaa)
ne manque plus que la musique...( ulaan davaa)
lac Ureg, il n'y a pas foule à la plage
lac Ureg, il n'y a pas foule à la plage
ah, si! un touriste.
ah, si! un touriste.
cantine-guanz à Bökhmörön
cantine-guanz à Bökhmörön
ça pourrait s'appeler: comment  dormir sur un tas de cailloux
ça pourrait s'appeler: comment dormir sur un tas de cailloux
Tsagaan Nuur , premier lac par la route nord
Tsagaan Nuur , premier lac par la route nord
au fond mont Tsengel Khaïrkhan, nous lui tournerons autour pendant trois semaines
au fond mont Tsengel Khaïrkhan, nous lui tournerons autour pendant trois semaines
coup de chaud dans les neurones ?
coup de chaud dans les neurones ?
ceci n'est pas une autruche
ceci n'est pas une autruche
flagrant délit de gourmandise à Ulgii
flagrant délit de gourmandise à Ulgii
humour dans la descente du "Chine davaa", le "nouveau col",vers Ulgii ?
humour dans la descente du "Chine davaa", le "nouveau col",vers Ulgii ?
mosquée -isba de Tsagaan Nuur
mosquée -isba de Tsagaan Nuur
un p'tit coup, pour la route à Nogon Nuur
un p'tit coup, pour la route à Nogon Nuur
bienvenue à Bökhmörön
bienvenue à Bökhmörön
il est recommandé d'apprécier les ambiances austères, mais quel souffle ! ça respire ! (au nord de  Tsagaan Nuur )
il est recommandé d'apprécier les ambiances austères, mais quel souffle ! ça respire ! (au nord de Tsagaan Nuur )
plein est la ligne bleue du lac Uvs au fond, et la piste qui vient d'Ulaan gom, tout est calme, reposé...
plein est la ligne bleue du lac Uvs au fond, et la piste qui vient d'Ulaan gom, tout est calme, reposé...
petit creux pour un campement d'hiver
petit creux pour un campement d'hiver
lacs balancs - tsagaan nuur vus dela route du nouveau col - chine davaa
lacs balancs - tsagaan nuur vus dela route du nouveau col - chine davaa
mosquée de la petite ville de Sagsaï
mosquée de la petite ville de Sagsaï
side-car ural,efficace pour traîner sur les pistes 
( marché d'Ulgii )
side-car ural,efficace pour traîner sur les pistes ( marché d'Ulgii )

Mongolie : Altaï mai- juin 2010 (1/2)

Par auguste, le 11.12.10

A celles et ceux qui aiment la géographie, les photos, les cartes, les voyages des autres, et la musique, bien le bonjour .
18 mai 2010
Enfin !
Partis six jours plus tôt de Paris, nous sommes à pied d'oeuvre dans cette bonne ville de Ulaan Gom ( la vallée rouge ), à 02 heures 30 de vol d'Ulaan Baatar. Piste d'atterrissage en terre, petit cube de briques en guise d'aérogare, nous sommes arrivés au Far West. Nous avons réussi à embarquer « seulement » 66 kgs au total, dont 34 pour les vélos, les 32 autres kilos sont pour tout l' équipement hiver-été, des piles rechargeables aux outils, des chapeaux moustiquaires aux gants de ski, etc... L'autonomie, c'est l'autonomie.
Nous nous posons la question, de prendre ou pas un taxi jusqu'à un hôtel en arrivant dans ce coin perdu ; c'est vite réglé, il n'y a pas de taxi, officiel ou pas . On débarque à la campagne, chacun sa trace, donc au boulot pour le remontage des vélos.
Nos montures sous plastique, en pièces détachées pour limiter le volume, et notre tas de huit sacoches sur les bras, nous nous installons devant l'aérodrome, et après une heure et demie de remontage avec le coup de main de deux hommes très précautionneux que notre déballage amuse, les vélos sont en état de marche, sans aucun dégat . Pour les distractions, Ulaan Gom n'est pas folichonne, alors deux touristes évadés dans ce trou, et qui bricolent des vélos, ça ne se rate pas .
Abordés dans le centre ville par un étudiant kazakh qui nous indique l'hôtel Tavan Od ( Cinq étoiles , si,si !), nous échangeons quelques salutations en arabe en apprenant qu'il a fait deux années d'études à Rabat !
Entendre parler du Maroc ici, c'est plutôt inattendu, serait-ce du harcèlement ?

19 mai
Au grand marché bien approvisionné d'Ulaan Gom je manque de me faire casser la gueule par un pochard en déroute, et nous reprenons le cours des préoccupations de base. Nous prévoyons dix jours d'autonomie avant de partir en direction d'Ulgii, car nous n'avons aucune d'information fraîche ni fiable sur l'état du parcours. Les paquets de pâtes de 2 kilos nous font de l'oeil et nous tentons de savoir si la semoule qu'on nous propose est de blé, de riz ou de maÏs, sans résultat: c'est de la semoule, un point c'est tout. Je suis tenté par une brique de thé de 1 kilo mais ça n'est franchement pas prioritaire, et l'heure n'est pas aux fantaisies culinaires de ce poids-là.
Une fois notre chargement bouclé, nous filons vers l'ouest, après une pose -buzz dans la dernière cantine- guanz du coin. Petit frisson pour un nouveau départ...
Nous longeons une succession de vues panoramiques, qui laissent admirer au nord le ruban turquoise du lac Uvs qui se détache au fur et à mesure que nous prenons un peu de hauteur, et au sud les sommets enneigés du massif de Türgen ( Rapide ).
Profitant du bitume qui file vers la Russie nous nous dégourdissons les jambes sur une vraie route, après 6 jours de relative sédentarité à Ulaan Baatar. Du vrai goudron bien lisse, ça ne va pas durer...

20 mai
Le seul briquet que nous retrouvons dans notre déménagement fonctionne quand il a le temps, ça ne convient pas du tout à notre promenade; les nouilles ou la semoule tous les jours d'accord, mais cuites, c'est le minimum ! Nous faisons un crochet par le village de Türgen pour acheter allumettes et briquets indispensables . Ce joli village propret au pied de la montagne du même nom contraste avec nombre d'autres en état décrépitude avancée.
Les choses sérieuses s'annoncent quand la piste plein ouest ( N 50°08.041, E 91°38.862,
Alt: 1147 m), quitte le goudron qui mène à la petite ville de Sagil aperçue dans la brume au loin, vers la frontière russe au nord. Suit une longue et fastidieuse ligne droite d'une dizaine de kilomètres en faux-plat ascendant. C'est une bonne entrée en matière qui annonce l'austérité de la suite du programme: pas de fantaisie végétale, pas de couleur vive dans ce paysage de caillasse brun -clair. Sur 360° à la ronde, la vue est bien dégagée à des dizaines de kilomètres, avec la tache blanche d' une seule ger en tout et pour tout dans le champ de vision.
Nous commençons à comprendre que si ce n'est pas vraiment désertique, c'est quand même très, très peu habité.
Bivouac dans une ambiance minérale et fraîche, discrètement agrémentée de quelques paquets de neige en bord de piste , qui nous assurent un filet d'eau. Que demander d'autre? Nous avons des nouilles, de l'eau et du feu. Nous apprécions les plaisirs simples, ça tombe bien! Quand l'atmosphère s'assombrit et que la fatigue se fait sentir, nous nous réfugions dans la tente comme dans une forteresse, et ce petit bout de toile nous rassure, nous protège de tout .

21 mai
Nous entrons dans le vif du sujet, la journée commence par 800 mètres de dénivelé positif, dont une bonne partie en poussant les vélos. Les bras sont sollicités, ça n'arrange pas les douleurs de Martine depuis sa chute de vélo 20 jours plus tôt. Plus ça monte, plus le vent souffle. L'arrivée au col Ulaan Davaa, un de plus qui porte ce joli nom de Col Rouge , (Alt 1985 m, N 50°10.495,
E 91°27.549), se fait en pleine tempête: ciel plombé, vent, pluie, froid (3° C), tout y est.
Nous trouvons au col un magnifique panneau de mélèze porteur d'un texte dédié à la « Protection des Montagnes Sacrées d'Altaï et Sayan », écrit en mongol et en anglais, c'est suffisamment incongru pour être mentionné! D'habitude rien n'est écrit nulle part , et là, ce panneau sans autre utilité qu' une "incitation des générations futures à la protection des montagnes des ancêtres" !
Peut-être une incantation aux divinités locales, une forme moderne de l'övöö ?

Tu parles , Charles, qui cela peut-il intéresser, les monts Sayan et Altaï de ce coin désertique, sans matières premières ? Pas d'uranium, pas d'or, à peine un peu de charbon de mauvaise qualité...100 km au sud.
La carte indique une piste plein ouest peu lisible sur le terrain, censée atteindre le lac Ureg sans avoir à franchir d'autre col, mais la pluie et la boue nous dissuadent de l'emprunter.
Nous traversons au sud ouest un vallon désertique d'une dizaine de kilomètres et un vent de sable nous arrête ! Il y a longtemps qu'on n'avait pas vu ça : le ciel jaune, opaque avec un fort vent de face . La suite est une succession de grimpettes infernales: des raidillons de quelques dizaines de mètres , avec des coups de vent qui nous empêchent d'avancer.
Les pistes dans ce pays, sont tracées par des cavaliers, donc c'est droit devant, quelle que soit la pente, alors de temps en temps on se sent un peu hors jeu avec nos vélos chargés, quand la pente est dans les 20% par exemple, ça doit être normal.
Nous comprenons plus concrètement la géographie et le climat de la région . Les bassins successifs où nichent les lacs sans déversoirs ( Uvs, Ureg), sont bordés de montagnes entre 3000 et 4000 mètres orientées est-ouest, entre lesquelles le vent d'ouest dominant s'engouffre comme dans un couloir , prend de la vitesse et embarque tout ce qui traîne sur son passage: sable, poussière, nuages, pluie. Même l'herbe a du mal à pousser . La poussière jaune du vent de sable doit venir du nord Kazakhstan, tout compte fait pas si loin à vol d'oiseau, ou peut-être de la Dzoungarie chinoise plus au sud; 300 ou 400 km, qu'est-ce que c'est pour le vent ?
L'arrivée à Ureg est retardée par ce temps pourri qui nous oblige à faire halte au milieu de nulle part, et à chercher la neige pour notre festin du soir, faute de ruisseau à proximité.

22 mai
Quelques centimètres de neige sont tombés cette nuit, nos couches de vêtements superposées sont les bienvenues, les gants de ski et le bonnet aussi . Les environs sont blancs à vue de nez au dessus de 2200m . Nous croisons une jeep, et ses occupants veulent nous dissuader de prendre la route directe vers le lac d 'Achit par le col Bairamin Davaa, qui serait très enneigé.
A 2500 mètres tout est envisageable, et nous hésitons entre plusieurs interprètations possibles de leurs explications. D'une part leurs gestes nous indiquent 1 mètre de neige, mais c'est impossible de savoir si c' est sur les bas-côtés ou sur la piste elle-même, et d'autre part ils nous trouvent bien vieux- ça va, on a l'habitude- pour traîner avec des vélos par ici . Ils nous prédisent même, en riant, un « malheur » si on continue ! Très encourageant !
Après discussion au "sommet" d'une petite butte à une intersection de pistes nous choisissons l'option a priori la moins enneigée, et comme nous devons absolument trouver de l'eau nous "filons" à 10 km/h vers le lac Ureg. Il est décrit comme un petit paradis dans quelques guides et bouquins : pêche, baignade...
L'arrivée est fraîche , la moitié du lac est couverte de glace, autrement dit la température de l'eau n'est pas exactement propice à la trempette, mais au moins il n'y a pas de moustiques . De fait, la toilette à l'eau glacée en plein vent, se fait par petites unités de surface de peau, histoire de ne pas geler instantanément. Le remplissage des bidons m'oblige à me mouiller jusqu'en haut des cuisses, je confirme que l'eau est très fraîche, heureusement qu'il y a du soleil .
Le lac Ureg, turquoise, bordé de glace, sur fond de montagnes enneigées 2000 mètres plus haut, la Tsagaan Chuvuut Uul, ( Montagne de l' Oiseau Blanc) , qui culmine à 3496 mètres, c'est un joli coup d'oeil .
Nous plantons notre déménagement dans ce décor somptueux: un petit bout de toile dans un désert de cailloux, face au lac Ureg et à cette immense muraille blanche.
( N 50°05.022, E 90°55.601, Alt: 1493 m). Au plan des relations de voisinage, nous n'avons pas de soucis, nous apercevons à la jumelle à 10 km au nord le hameau d'Ureg qui doit comporter une dizaine de constructions en dur, l'horizon est calme .

23 mai
Nous quittons le lac Ureg pour monter doucement mais sûrement (900 m), le long de Har Deliin Dzoo , ( l'Arête de la Crinière Noire ), jusqu'au pied du col Ogotor Hamar (?), où un fort vent nous oblige à fixer la tente aux rochers- un grand merci aux sangles en tous genre pour leurs bons et loyaux services .
La circulation est toujours aussi fluide : 1 fourgon, 1 jeep, 3 motos en 12 heures, c'est tout pour aujourd'hui. Le dernier motocycliste nous fait une visite avec son petit frère, ils traversent la vallée pour faire le ravitaillement d'argal ( crottes séchées des diverses bestioles, carburant domestique exclusif du secteur ) chez les voisins de la vallée d'en face .

24 mai
Le secteur sous le col est abrité du vent, nous croisons un peu de verdure, quelques yourtes et troupeaux. Quelle ambiance, quel climat, quel boulot pour vivre ici !
Selon les versants des vallées et les heures d'une même journée, on passe de la neige et du gel à la tempête ou à la grosse chaleur sèche. Toutes les saisons sont dans la même journée!
Nous passons le col Ogotor ( N 50°03.134, E 90°36.355, Alt:2283 m) en fin de matinée, désert comme tout le reste. La piste s'oriente progressivement vers le sud, et par conséquent le vent ne nous arrive plus de front, ce qui était le cas depuis notre départ d'Ulaan Gom, mais de côté. Nous profitons plus calmement du paysage en descendant vers la grande plaine de Uchigin Hödöö ( la steppe de la toux ? ) en direction de Bökhmörön et d'Achit..
Pendant notre pause de milieu de journée, Martine se fait offrir une sucette par une passagère motocycliste , pourquoi pas . Merci les artistes qui rentrent sur leur tas de cailloux après avoir fait leurs courses ou être allés saluer la famille à 50 ou100 bornes de chez eux !
Nous faisons halte dans un petit repli de terrain caillouteux en contre-haut d'une grande plaine très sablonneuse , très poussièreuse, ce qui explique peut-être son nom de « steppe de la toux »(?). De là nous apercevons à 40 km au sud le bleu clair du lac d'Achit, dominé 100 km plus loin par le massif du Tsambagarav Uul parfaitement distinct, et à 50 km à l'ouest par la chaîne frontalière enneigée de Siilkhemin Nuruu ( la Montagne Ciselée, 4000 m ) .
Nous avons une vue circulaire sur des centaines de kilomètres de montagnes , ça décoiffe !

La vue et l'imagination se perdent dans toutes ces directions , dans ces reliefs, ces climats si opposés les uns aux autres. On peut passer des heures à rêver, le nez au vent , les yeux fixés nulle part et partout à la fois . Quel soulagement d'être posé là, n'importe où, quelques mètres carrés suffisent.
Le temps est avec nous, ni pour ni contre, quelle détente . Rien à faire d'autre que se laisser guider par les sensations, le froid , le chaud , la lumière, le vent , la fatigue, la faim, la soif, la gourmandise , ramasser du bois, faire du feu pour un thé ... ( N49°49.608, E 90°28.206, Alt: 1541 m).

25 mai
Nous décidons de passer par la piste principale vers la petite ville de Bökhmörön et non par le lac d'Achit, faute de piste bien identifiée, de renseignements sur les abords du lac, et donc sans garantie de ravitaillement en eau et victuailles dans la journée qui suit. C'est l'intendance qui décide . Après un bon bout de piste caillouteuse, l'arrivée à Bökhmörön
( la Rivière Vigoureuse ), est distrayante, guillerette. La bourgade est à l'abri derrière quelques collines de granit très érodé- on se croirait à Tafraout - les maisons sont peintes de couleurs vives, et les jardinets fleuris, visions rare dans ce pays . Nous arrivons à l'heure des buzz dans un vieux wagon recyclé en cantine-guanz, et nous nous régalons. Il faut règler la question du passage à gué de la « Rivière Vigoureuse » vers Nogon Nuur qui peut être difficile selon le niveau de l'eau, ce que nous confirment les locaux auxquels nous en parlons. Ils nous disent que le gué fait un mètre de profondeur !
Discussions, recherche d'un véhicule, nous négocions le passage en jeep , passons par la case
" pompe à essence" et partons dans la foulée, pour découvrir que le gué fait environ 70 centimètres et son courant pas si fort que ça. (N 49°40.992 E 90°17.481 ).
Enfumage de touriste ? Peut-être, mais à la décharge de notre transporteur, nous savons que le niveau d'eau peut changer en quelques heures en fonction de la température et de la fonte des neiges . D'autre part nous ne voulons pas prendre le risque de faire 30 km pour rien sur un terrain sablonneux en cas de gué infranchissable. Donc sans regrets, nous nous laissons conduire dans le confort relatif de la jeep, vautrés et calés a l'arrière entre nos sacoches et nos vélos, jusqu'aux abords de la prochaine petite ville de Nogon Nuur ( le Lac Vert ). Nous avons droit à une rasade de vodka avant les adieux, incontournable conclusion de bien des petits événements, et à une séance d'essayage de vélos par nos accompagnateurs, suivie d’une bonne partie de rigolade pour toutes raisons confondues ( vodka + chutes de vélo) .
La séquence suivante est un des plus mauvais moments de ce voyage; rien de grave, mais rien de plaisant . Nogon Nuur est absolument lugubre et triste contrairement au patelin précédent . D'abord les chiens nous emmerdent en permanence. Je suis un peu caillassé par deux hommes qui bossent sur un chantier...histoire de rire un peu, probablement. Nous sommes observés et scrutés par des dizaines de paires d'yeux exclusivement masculins, qui nous tournent autour de plus en plus près, c'est lourd, très lourd surtout pour Martine. Nous acceptons d'être objets d’une curiosité légitime étant donné les conditions dans lesquelles nous voyageons, mais là c'est très pesant . Nous sommes en pays musulman, les femmes se cachent, et pour couronner le tout, quasiment personne ne fait l'effort de comprendre le peu de mongol que je suis en mesure d'utiliser, ici on parle kazakh !

L'atmosphère est franchement déplaisante, nous essayons de sortir du patelin pour bivouaquer au calme, mais c'est impossible, il y du monde sur des kilomètres, du sable, des chiens partout ...Mauvaise humeur au rendez-vous !
Pour conclure ce moment désagréable, nous sommes invités chez lui par un type qui nous explique que nous allons nous faire égorger ( sic ) si nous campons . Nous acceptons son invitation, histoire de tourner la page. La soirée, au début pas très chaleureuse, se termine plus détendue par le partage d'un poisson que nous mangeons de bon appétit, pendant que la moitié du quartier défile dans la maison. Tout ça pour se faire réclamer 50 dollars le lendemain au moment de partir, que nous ne donnons pas , un désagrément de plus !

26 mai
Bye bye Nogon Nuur ! Mais pas si simple d'en sortir. Nous voulons rejoindre au sud la rivière Hovd à environ 60 km, et les premiers kilomètres en sortant de Nogon Nuur se font en poussant dans un sable bien mou , bien profond, en plein soleil, et sans aucune info sur la suite du programme.
Nous faisons demi-tour pour rejoindre la direction de Tsagaan Nuur à l'ouest, zone de montagne, donc moins sablonneuse.
En retraversant la ville Martine se fait attaquer par un chien qui s'arrête à quelques centimètres d'elle ! Nous repartons à vue vers une vallée bien marquée ou l'on distingue une piste à une quinzaine de km. A l'entrée de la vallée, la rivière Zakhiin Us Gol ( la rivière de l'Eau du Bord ), que longe la piste est encore gelée malgré la chaleur de la journée (32° ce midi ). L’hiver est juste en train de se terminer .( N 49°35.241, E 90°03.099, Alt: 1738 m).

27 mai
Promenade montagnarde, la vallée serpente et monte tranquillement . Le paysage est accueillant, la montagne nous entoure, nous enveloppe, même si la rudesse du climat est bien là: fraîcheur, pluie et vent. La végétation est réduite au minimum: herbe rase pour les chèvres dans les vallons abrités, et quelques branches mortes d'arbustes pour nous permettre de cuire notre semoule. C'est bien de la semoule de maïs, que nous proposons de partager à un berger qui nous fait une petite visite . Nous arrivons au premier des Tsagaan Nuur ( les Lacs Blancs) où nous dérangeons une fois de plus les oiseaux. (N 49°31.861, E 89°50.730, Alt: 2100 m).
Cette région désolée, une des plus continentale qui soit , à plus de 3000 km du premier océan, est visitée par quantité d'oiseaux migrateurs. Nous voyons beaucoup d'oies, de goëlands, des cormorans et quelques cygnes chanteurs.
Nous passons la fin de journée au calme, pour éviter de nous retrouver dans une agglomération aux heures ou tout se complique: faire des courses, trouver de l'eau, éviter les piètons alcoolisés , chercher un lieu de bivouac .

28 mai
La ville de Tsagaan Nuur s'annonce par l'alignement sur plusieurs kilomètres d'un fatras de maisons de brique et de béton, en ruines et déchiquetées . Comme après un bombardement, les poutres des charpentes pendent à moitié brûlées, des débris de ferraille jonchent le sol parmi les pans de murs abattus, les châssis de portes et fenêtres explosés. Des carcasses de camions rouillées s'effritent doucement le long d'une très longue palissade qui borde un terrain étiqueté « Transit Zone ». Au milieu de ce décor sordide où quelques maisons tiennent encore debout , quelques chiens se baladent, des gamins jouent au ballon ou avec une jante de vélo et nous saluent . Nous sommes guidés vers l'entrée de la ville par un motard souriant dans cette ambiance de désolation. Le ciel délibérément gris et chargé ne fait rien pour alléger l'ambiance générale. Quelques militaires désoeuvrés trainent sans conviction entre deux cuites leurs carcasses abruties dans ce patelin de bout du monde .
Le centre de la petite ville est moins repoussant , je n'irai pas jusqu'à dire accueillant , encore que notre visite gastronomique à la seule guanz ouverte, et la vue sur la coquette petite mosquée – isba en bois derrière la guanz soient réconfortantes.
Nous quittons Tsagaan Nuur sans regrets, par la longue vallée rectiligne et ennuyeuse qui se traîne le long de la ligne électrique, et se termine par une vraie bavante au au col Chine Daava , ( le Nouveau Col ) 2700 m . La descente vers Ölgii, d'abord en terre puis goudronnée , est une longue ligne quasiment droite avec comme seul intérêt les bergeries d'hiver nichées dans les replis de terrain , camouflées dans les petits vallons perpendiculaires . Nouvelle rencontre avec un cavalier qui nous détaille tout son équipement et celui de son cheval, et nous invite dans sa bergerie un peu plus haut.

29 mai
Ölgii est le pilier géographique de notre voyage. Nous avons mis cette ville à distance de nos premiers tours de roue en partant d'Ulaan Gom, pour mieux l'apprécier après déjà quelques centaines de kilomètres de prise de contact avec le grand ouest, certains diraient d'immersion
- paradoxe de la langue pour ce coin semi-désertique.
Feux tricolores que tous les conducteurs ignorent superbement, quelques mini-embouteillages, nous sommes bien dans une ville.
Le trafic est tout autant une parade de gros 4X4 modernes conduits par des chauffeurs obèses, provoquants et suffisants , qu'un musée ambulant d'antiquités russes des années 60-70, "moskvitch, volga, motos et side cars ural..." bizarrement conduits par des petits maigres discrets en costume local. Cherchez l'erreur, ici comme ailleurs la réussite se mesure à la taille et à l'âge du véhicule.
La population piétonne est manifestement occupée, du plus jeune au plus vieux chacun a l’air de savoir où il va, dans le calme. Quelques femmes ont la tête couverte, mais pas un seul voile intégral à l’horizon. Les longs vêtements colorés semblent plus répondre à l'effet d'une mode vestimentaire printanière, qu'à l'application d' une règle d’austérité édictée on ne sait où, par on ne sait qui... Alors que 80 % de la population de la région est kazakhe et musulmane, nous ne constatons pas de mouvements de foule aux heures supposées des prières rituelles, et le chant discret du muezzin ne perturbe personne dans les activités en cours.
Nous remarquons beaucoup de femmes de tous âges qui boîtent énormément , probables malformations de hanche, liées à un certain taux de consanguinité...
C'est toujours un moment de sentiments contradictoires que d' aborder une ville et l' abondance de biens et services, même modeste qu'elle procure, après une période d'autonomie et de relatif isolement.
Recto d'abord, on redécouvre l'agrément d'avoir à portée de main des éléments concrets de confort, de facilité et d'une certaine profusion: l’excitation est comparable à celle de l'ouverture d'un paquet-cadeau .
Parmi les premiers plaisirs: prendre une douche - chaude si possible, faire des emplettes avec un vrai choix, s'asseoir dans un restau ou une une gargotte pour commander un plat inconnu, inattendu - ça n'est pas difficile quand on ne maîtrise pas la langue. Nous prenons en deux jours nos " habitudes" – toujours ce besoin de reconstituer un milieu protecteur et familier - dans une guanz de la grand place d'Ölgii. Nous y dégustons soupes de légumes , buzz, khouchours et thé au lait, sous l'oeil complice et amusé des jeunes femmes qui font la cuisine et le service. Parmi les autres agréments « modernes » de la ville: jouer avec le monde virtuel, téléphoner en quelques minutes au bout du monde, lire le courrier électronique pour quelques centaines de tügrüks, quelle fascination , quel luxe !
Au verso de l'affaire, la ville est bruyante, agitée, sale, poussiéreuse, enfumée, on peut lui trouver beaucoup de qualificatifs peu flatteurs du même acabit, comme la plupart des villes. Elle devient excessive, fatigante, encombrante, et vite insupportable. En quelques heures, deux ou trois jours au mieux, une fois les endroits clés repérés, les richesses du patrimoine local entrevues, le marché, le musée, la mosquée ... les démarches de première nécessité abouties, l'estomac rempli: ras-le-bol , l'envie de partir reprend le dessus .
Comme un vieux bouton de moustique, ça démange avec insistance, cette envie de partir. Tout nous ramène à ce goût des perspectives visuelles et de l'espace, ce pourquoi nous sommes de passage ici, ou ailleurs, et nous incite à reprendre le cours de la rêverie, du mouvement modéré continu, de la déambulation quasi-animale.

01 juin
Après deux jours et demi d'agitation citadine toute relative, nous sommes en direction de la montagne, vers Sagsaï à l'ouest..
Dès la sortie de la ville nous essuyons un gros orage qui s'installe dans la vallée tout autour d'Ölgii ( le berceau ), ville nichée 1000 mètres en contrebas des montagnes qui l'entourent. L'orage cogne , tourne, ça dure quelques heures, avec sons et lumières comme il se doit . La pluie nous contraint à une longue pause, et nous transformons l'essai comme d'habitude en pause - casse - croûte !
Nous passons la nuit au Bökhöngiin Khötöl , ( la Passe de l'Antilope, N 48°55.019, E 89°46.171, Alt: 2191 m ) : de l'espace, la vue dégagée, deux troupeaux de pattes longues et courtes aux environs dirigés par des cavaliers discrets, des yacks qui batifolent comme si une mouche les piquait. Les distractions bucoliques sont au rendez-vous et, comme nous sommes à l'aplomb de la petite ville de Sagsaï, le téléphone passe...jusqu'à notre progéniture qui évolue sur une autre planète, dans les villes de Paris ou New York!

02 – 03 juin
Nous suivons par un grand détour la piste notée sur notre carte, vers le fond de la vallée au sud- ouest, pour atteindre le pont ( N 48°53.301, E 89°36.520, Alt: 1767 m ) sur la rivière Sagsaï. Impossible de passer ailleurs par un trajet plus direct, étant donné la largeur de la rivière, son débit et la puissance du courant. L'eau est chargée de terre, de petits branchages, la neige fond,. Tout déménage dans ce pays!
Nous nous adaptons à ces contraintes naturelles et fortes, profil bas obligatoire, et remontons ensuite plein nord en direction de Tsengel. Nous repérons une piste pas cartographiée qui longe vers l'amont la rivière Sagsaï plein sud en direction de Buyant, on ne sait jamais, ça peut servir... Les yeux qui traînent, pour des vagabonds comme nous, c'est précieux !
Une petite dizaine de kilomètres après le pont, la piste s'enfonce plein ouest dans la montagne, ce qui une fois de plus, ne correspond pas aux données de notre carte. Un cavalier nous confirme la direction de cette piste confortable qui mène à Tsengel ( la Joie ), via le col Atchaa Gardar Davaa , le col du Paquet dans les Mains , éloquent , non? ( N 48°50.685, E 89°21.211,
Alt: 2667m).
Les cartographes devaient être pressés quand où ils ont examiné le secteur, étant donné le nombre d'erreurs et d'oublis sur la carte .
C'est un joli coin pour les amateurs de steppe herbeuse semi-désertique, et pour les admirateurs de reliefs montagneux, la vue n'est pas encombrée par la végétation , à retenir.
Une fois au col, et munis des indications d'un berger, nous descendons en pente douce dans une grande vallée tranquille jusqu'à la rivière Khargantiin Gol ( la Rivière de l'Acacia ), qui descend du Khar Nuur ( le Lac noir ) vers Tsengel, ( N 48°49.896, E 89°11.597, Alt: 2138 m), et se jette dans la Khovd Gol.


04 juin
Tsengel est dans un site verdoyant, sur la rive droite de la rivière Khovd.
La ville s'active avec lenteur...Les troupeaux de chèvres, de vaches et de yacks se prélassent au bord des méandres de la rivière, un pochard zigzague en grandes ondulations incertaines d'un bord à l'autre de la rue principale, traversée par des jeeps dans de gros nuages de poussière. C'est l'image d'Epinal de la petite ville mongole .
Nous avalons un mauvais "tsuivan" (plat de nouilles et miettes de viande ), pas frais et réchauffé, dans une "ashkana", version kazakhe de la guanz, et nous jetons un coup d'oeil à l'une des mosquées de la ville, avant de prendre la direction d'Ulaan Khus ( le Bouleau Rouge).
Faute de permis pour les zones frontalières , nous ne prévoyons pas d'aller dans le Parc Altaï Tavan Bogd ( les Cinq Saints de l'Altaï, ou encore les Cinq Saints des Monts Dorés ) , mais de remonter le cours de la rivière Sagsaï , vers Buyant et Altaï en direction de sa source, beaucoup plus haut .
L'approche du col Muchgiragiin Davaa (le col de la Corde Tendue) est longue, monotone, chaude, laborieuse ( N 48°58.983, E 89°18.400, Alt: 2247). Le bivouac offre une vue panoramique à l'aplomb d'Ulaan Khus et de la rivière Hovd. Après notre installation, une petite troupe d'une dizaine de chevaux manifeste son mécontentement de nous trouver sur son territoire de pâture. Une femelle vient se poster l' air vindicatif à vingt mètres sous notre campement, reniflant , piaffant. Elle nous signifie clairement que nous ne sommes pas les bienvenus, pendant que les autres femelles du troupeau entourent et protègent les poulains .
Après quinze ou vingt minutes de face à face attentif et quasi-immobile de part et d'autre, la petite bande s'éloigne doucement . La femelle chef de bande ferme la marche en gardant l'oeil sur nous. .
05 juin
La descente est tranquille vers la rivière Khovd, nous longeons sa rive droite pendant une vingtaine de kilomètres , au calme en croisant quelques quartiers d'hiver, des isbas, dont les occupants sont manifestement en train de préparer le déménagement. Les gers sont démontées, l' ameublement est en pièces détachées devant les maisons , les tapis sont pliés en tas dehors, ça sent le mouvement.
Nous sommes un peu coursés sans grande conviction par quelques chiens qui se dégourdissent les pattes . Ils sont zélés juste ce qu'il faut, le minimum syndical du chien de garde , et j'ai du mal à les prendre vraiment au sérieux. Ils nous annoncent à leurs maîtres par quelques aboiements de pure forme. Ensuite, soit ils restent couchés au soleil devant la maison sans même daigner se lever à notre approche, soit ils courent mollement vers nous, quel mépris !
Dans la première hypothèse, l'indifférence réciproque est de mise.
Dans la deuxième ils sont vite arrêtés dans leur élan par mes hurlements agacés, ponctués de quelques jets de pierres volontairement approximatifs. L'objectif est uniquement dissuasif, et ça calme le jeu instantanément .
Nous nous comprenons, ce qui ne m'empêche pas de m'interroger sur le niveau de conscience professionnelle des chiens domestiques dans la région ! Les chiens de bergers marocains de l'Anti Atlas sont autrement plus teigneux !
Nous faisons halte sur le chemin de Buyant, un peu en amont du pont sur la Sagsaï, en contre bas de la piste près d'un méandre de la rivière, qui nous abrite du regard des passants potentiels. La vue est dégagée sur la vallée au nord, la rivière est toujours chargée de débris divers , avec un fort courant qui n'autorise pas de traversée improvisée . ( N 48°49.881, E 89°31.829, Alt; 1807m).
La fin de journée se passe dans une ambiance calme et bienvenue. L'eau à profusion est un peu terreuse mais ça ne nous dissuade pas de procéder à une toilette soigneuse pour une fois, ni de laver nos divers costumes, avant une soirée détente et lecture au soleil couchant . Ce n'est pas la Côte d'Azur, mais ça ne manque pas de charme .

06 juin
Il a neigé cette nuit, toutes les buttes et montagnes environnantes sont blanches, jusqu'en fond de vallée. Sous la tente au réveil, nous avons reconnu cette sonorité feutrée caractéristique de la neige qui atténue les résonances, avant de la voir. Nous devons patienter et revoir notre projet du jour à la baisse, « en attendant que ça sèche ».
C'est notre devoir de vacances du jour, une figure imposée par les éléments non maîtrisables, climatiques en l'occurrence, ou autrement dit une sorte d'exercice de philosophie appliquée au voyage en conditions sommaires. Nous devons confronter notre propre dynamique aux exigences des éléments dits naturels . Comme dans l'exercice de toute activité artisanale ou empirique, il faut s'adapter.
Ce genre de contretemps est paradoxalement à la fois perturbant et très stimulant . Ce maillon du projet ne fonctionne plus, nous n'avons pas d'autre choix que d'en improviser un autre en temps limité, pour continuer notre dérive, notre déménagement continu.
Ce genre de péripéties banales nous démontre une fois de plus si besoin, les vertus d'une anticipation systématique et large dans ce type de promenade: la méthode comme parade préventive, et comme remède à l'incertitude. Ensuite à nous de jouer avec l'imprévu et de rebondir.
Midi, la neige est fondue, nous hésitons à lever le camp : le ciel est gris foncé, très sombre, encombré de gros cumulus bas et agités, le vent ne nous inspire pas confiance . Un gros orage vient du nord droit sur nous, la tente est montée en quelques minutes. La fatigue commence à se faire sentir et il n'est pas question de se laisser prendre par le froid . Nous battons notre record de lenteur aujourd'hui, le kilométrage total est d' 1km 300! Pour couronner la journée, l' orage nous permet de constater que les coutures principales de la tente fuient , alors qu'elle est neuve, et censée être une tente « 3 saisons »!
Pour une première vraie pluie sous cette tente c'est un franc succès! Le SAV du « Vieux Campeur » n'est pas pour tout de suite, restons calmes.

07 juin
Fraîcheur et verdure sont à l'ordre du jour. C'est très agréable de longer la rivière , légèrement en contre-haut sur une bonne piste en balcon, « scenic » disent les anglophones .
C'est apaisant et reposant à ceci près qu'il faut quand même pédaler ...Les troupeaux de vaches, yacks , dzo ( les hybrides de vaches et yacks) font trempette et traversent la rivière en nageant, probablement à la recherche des meilleurs pâturages. C'est bien connu, l'herbe est toujours plus verte en face, ou chez le voisin .
Nous sommes surpris de voir un nombre de cimetières musulmans qui nous paraît important au regard du peu de villages ou hameaux que nous croisons; mais il y a aussi toutes les petites fermes disséminées dans les replis de la montagne, leurs habitants , et leurs morts ...Les cimetières sont bien le témoin d'un peuplement sédentaire, ou qui nomadise dans un espace restreint , pas du tout dans la coutume des mongols, des touvas ou autres nomades traditionnels de la région qui n'enterraient pas leurs morts. C'est l'inverse des traditions mongoles. Ces tombes kazakhes sont recouvertes de tas de pierres, ou de constructions pyramidales de petits troncs d' arbres entrecroisés, pour les protéger des charognards à poil et à plumes . Elles sont parfois entourées d'une petite palissade , peinte ou pas.
On a même vu près de Tsengel une tombe décorée de magnifiques fleurs en plastique que le soleil n'avait pas encore réussi à décolorer: une tombe toute neuve en quelque
sorte . Il y a une pierre levée devant presque chaque tombe, qui mentionne l'identité , les dates de naissance et de décès du défunt .
Sur la rive droite un groupe de constructions assez bien entretenues attire notre attention
( Zost Bag, le Quartier Ocre, N48°41.387, E 89°31.921, Alt: 1868 ). A première vue ça ressemble à une installation militaire avec château d'eau, petites maisons bien rangées, allées bien tracées. A la jumelle c'est plutôt un camp de vacances, avec jeux pour enfants, sanitaires extérieurs façon « camping des flots bleus ». Un ensemble aussi sophistiqué, éloigné de la grande ville, a dû être installé pour la marmaille privilégiée des fonctionnaires méritants de l'époque héroïque!
Nous longeons de plus ou moins loin la rivière, car les pistes au plus près du cours
d 'eau sont encore toutes inondées, ce qui nous amène à franchir à la poussette un petit col sans nom (N 48°36.638, E 89°32.385, Alt : 2308 m).
La descente sur Buyant est une pente « mongole » qui doit approcher les 20%, toute en gravier bien glissant, quasiment rectiligne. Il faut choisir entre serrer les freins et le reste étant donné le chargement , ou s'arrêter pour profiter du panorama sur la ville et la grande vallée en arrière-plan bordée par la rivière Sagsaï .
Je complète ma collection de photos de mosquées , monuments qui sont avec les quelques monastères bouddhistes encore debout, les seuls éléments d'architecture tant soit peu élaborés de ces coins perdus . Les bâtiments publics, les plus grandes constructions, sont uniformément cubiques , en béton ou en brique, aux murs décrépis de couleurs incertaines. Les autres maisons combinent les mêmes ingrédients auxquels viennent s'accoller planches, ferraille, bouts de pneus et divers autres matériaux de récupération.
Nous réussissons l'exploit involontaire de nous faire réclamer en paiement de quelques buzz délicieux un prix de 266.66 tügrüks par buzz, après un calcul fort délicat du taulier de la guanz, qui ne sait pas comment se sortir avec les honneurs de sa modeste tentative d'arnaque à notre désavantage. Il nous fait un prix à la louche, impossible à diviser par le nombre de buzz qui se paient à l'unité.
Le jeu n'est pas en rapport avec le montant de la dépense, mais sur la forme. Ce n'est pas le prix qui nous dérange, c'est la façon de s'y prendre. Entre 15 et 17 centimes d'euro le buzz, ce qui nous met le repas pour deux entre 2 euro et demi et trois euro, ça va on peut tenir. Mais que le patron n'accepte pas de prendre la chose sur le mode humoristique, quel dommage!
Ca conviendrait bien mieux au grotesque de la situation, mais calculette à l'appui il persiste dans son obstination à nous démontrer l'impossible, alors que le dixième et a fortiori le centième de tügrük n'existent pas, le plus petit moyen d'échange de monnaie étant le billet de 5 tügrüks. Personne dans les petits commerces ne tient jamais compte des totaux à 20 ou 50 tügrüks près.
L'accueil était top, propret, professionnel, il avait tout bon jusqu'au faux-pas final où il a trébuché dans le tiroir-caisse...
Après un ravitaillement dans les épiceries de centre ville, en évitant de rouler sur un poivrot ivre-mort qui cuve au milieu du patelin, apparemment (?) dans l'indifférence générale, nous bivouaquons dans les collines au sud , à l'abri des regards.Nous dominons le début de la piste vers Tolbo, et quelques méandres de la rivière entre lesquels des troupeaux de chèvres ondulent doucement.

Mongolie : Altaï mai-juin 2010 (2/2) »

Commentaires

Excellent article qui donne un bon aperçu de ce à quoi on peut s'attendre!
Nous partons pour un circuit d'un mois dans l'Altaï et aurions quelques questions:
sur vos différents voyages qu'elles régions avez-vous préféré? Au mois de juin, avez-vous manquez d'eau? Vous partiez avec une autonomie alimentaire de 10 jours, on est preneur d'idée de recettes/liste de denrées alimentaires/quantité ;-)
En vous remerciant d'avance [amandine, le 28.05.14]