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Arrivée à la Tête du Danay, petit sommet tranquille, quelques heures après Tardevant
Arrivée à la Tête du Danay, petit sommet tranquille, quelques heures après Tardevant

Petite réflexion philosophique sur le portage et l'absurde

Par pluc, le 27.08.12

Cet été, Adrien et moi venons d'effectuer sept sorties dans le massif des Bornes, en Haute-Savoie, où la pratique du VdM, encore plus qu'ailleurs, est très marginale. Les randonneurs à pied n'ont pas l'habitude de voir de vélos sur les sentiers.
Quand on prend le temps de discuter avec eux, au cours ou au bas d'une descente, ils peuvent exprimer de l'étonnement ("Je ne pensais vraiment pas qu'on puisse descendre ici à vélo ! "), mais la question suivante revient presque invariablement : "Comment avez-vous donc fait pour monter là-haut ? " Car ils ont du mal à imaginer que nous soyons montés sur le vélo, parfois à tort d'ailleurs, surtout en ce qui concerne Adrien, ou, encore moins, que nous ayons pu porter notre monture.
Quand ils sont placés devant l'évidence, nous voyant avec notre vélo sur le dos, nous avons souvent droit à des encouragements sincères, mais aussi quelquefois à des remarques désobligeantes : "Je vous souhaite bien du plaisir, Monsieur", ou, sur un ton ironique, "C'est bien le VTT ! " La palme de ces propos désapprobateurs revient à un vieil écolo ( portant un tee-shirt "Le nucléaire sûr n'existe pas"), au sommet de la Tête du Danay, qui ne nous a pas dit en face, mais suffisamment fort pour que toute l'assistance entende : "C'est complètement absurde !"
Est-il si absurde de porter son vélo au sommet d'une montagne, pour descendre ensuite avec beaucoup de plaisir ? Beaucoup moins, à mon avis, que d'y monter à pied, pour en redescendre de toute façon, avec mal dans les jambes, surtout à mon âge.
Tel Sisyphe, le VdMiste recommence sans cesse, pour son plus grand bonheur. "Il faut imaginer Sisyphe heureux"... avec un VTT.

Bibliogaphie : Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, éditions Gallimard, 1942.

Commentaires

Faut laisser les tartarins causer, ils ne savent pas de quoi ils parlent et n'imaginent pas le plaisir qu'on peut prendre. Tant pis pour eux. [d@vid, le 27.08.12]
C'est vrai que quand on a goûté au VDM, la randonnée pédestre devient presque monotone et on peut pas s'empêcher de se dire que ça aurait été plus fun en VTT! Mais perso je ne suis pas un aficionados du portage. J'aime aussi rouler en montée. [Fafonline, le 28.08.12]
+1 pour les commentaires ci-dessus.
Même si je porte beaucoup dans mes sorties, je ne considère absolument pas cela comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen d'accéder à des descentes intéressantes (ce qui est, pour le coup, une fin en soi), que l'on ne pourrait pas atteindre autrement.
Cela étant, je suis loin de trouver ça désagréable, et je trouve au portage un avantage certain: celui de fractionner l'effort.
Autant 2000m de D+ dans la journée en alternant pédalage, portage et poussage, ça se fait bien; autant 2000m de D+ d'un coup sur la selle, ça me bousillerait complètement...
Donc un mal nécessaire d'une certaine manière, mais dont je m'accommode finalement très bien! [JDV, le 28.08.12]
@ JDV : "plutôt comme un moyen d'accéder à des descentes intéressantes", il me semble que c'est exactement ce que j'ai dit.
Pour la suite de ton commentaire, je suis 100% avec toi. [pluc, le 28.08.12]
J'adore le portage ! Même si ça fait parfois mal aux molets... [Phil'Ô, le 28.08.12]
Recherche prospective de réponse constructive :
Natif des Bornes ou si peu loin, je pense qu'il y a différents contextes qui participent à ce type de situations.
Premièrement je pense que les VDMistes sont ici marginaux, car c'est un sport qui ne souhaiterait de toute façon pas temps que ça sortir de sa marginalité. Comme la plupart des sports de montagne (dont je pratique certains). Nous avons tous une vieille envie de nous faire plaisir sur un terrain propice (pente de neige ou single étroit) sous l'oeil observateur du badaud habillé à la papa curieux de nous voir en telle posture. D'ailleurs, sur tous les sites internets de partage de montagne, quand il y a plus de 10 personnes croisées de la même pratique sur le secteur, on crie alors à la "surfréquentation" qui rime avec une dévalorisation du lieu (vtt, ski de rando, cascade de glace, etc...).
Un autre paramètre est que les stations, plus particulièrement de moyenne montagne, ont boosté sévèrement leur offres de loisirs pour l'été par le développement entre autres du VTT de descente. Où l'on ne pédale que pour la descente donc. Et là, la représentation que l'on à des descendeurs n'est pas du tout la même que celle des "crosseurs". Image dérivé du trial, consommateur de descente sans respect pour la nature ni gout de la montagne qui n'arrive même pas à nommer les fleurs qu'il écrase. Ou l'équivalent du monchu en station de ski. Je pense que croiser un type entre 2 rochers portant son Vtt armé de protections diverses (genouillères, coudes...) peut prêter à confusion. Protections que le crosseur ne porte que rarement. Enfin, en tous les cas je n'en ai pas.
Autre paramètre : le Vtt n'est pas si bien vu que ça si j'en juge par le nombre de "salut" dans le vide que j'ai pu faire à des cyclistes route (mais pourquoi bon sang?). En revanche, dans les chemins plats de campagne, les alpagistes et agriculteurs sont toujours contents de me croiser.
Enfin, autre paramètre qui m'apparaît aussi évident que le fait que Sysiphe a du finir sa vie avec un foutu mal de dos, c'est qu'en montagne comme partout, ...ben y'a des cons. Donc, ben t'as croisé un con.
Voilà, au terme de cette réponse potentiellement pénible à lire, et qui n'apporte finalement pas grand chose si ce n'est quelques fautes d'orthographe, je dirais qu'en montagne il y a différents paramètres et beaucoup de cons.
Bonne nuit.
[guillaume, le 30.08.12]
Cela se voit mal sur la photo, mais je ne porte pas de protections. Depuis qu'il a été opéré, pour un hygroma très grave consécutif à la pratique du judo, Adrien s'est mis à en porter à un genou, puis à l'autre... après que, au cours d'une chute (ça lui arrive aussi !), il s'est un peu ouvert le second. C'est vrai que ça "marque mal" auprès des randonneurs, mais je pense qu'il n'est pas idiot d'en mettre.
Cependant je crois que le problème n'est pas vraiment là. Pour le "touriste" moyen, le vélo est un engin fait pour être dessus (pas bête dans un sens), d'où la remarque classique "D'habitude c'est le vélo qui nous porte", et particulièrement pour monter, car, de son point de vue, le but d'une randonnée en montagne est d'atteindre un sommet (ou un col, ou un lac), la descente n'a guère d'importance. De plus, je suis persuadé que beaucoup imaginent que nous descendrons à pied, ou que ce sera une galère. [pluc, le 31.08.12]
LES VDMistes qui fréquentent les Bormes/Aravis sont probablement marginaux dans notre coin, et ceux qui fréquentent les Bornes ET le partagent sur Internet sont encore moins nombreux. Enfin, les circuits que Pluc a rentrés sont quand même d'un certain niveau. Ça réduit encore le nombre de clients ! Cependant, en tournant régulièrement dans le secteur Glières, Champs Laitier, Sous-Dine, on croise des vélos avec des gens sympas dessus, locaux ou pas (des 06 il y a 2 jours), il y a des traces, c'est bien sympa sans être extrême. J'ai même l'impression que la fréquentation est en hausse.
(Il faudrait juste que je sache s'il y a toujours ce c... de patou à Champ Laitier qui n'aime pas les vélos ;o)) [olivierC, le 31.08.12]
"on croise des vélos avec des gens sympas dessus" (olivierC) : tu veux insinuer que les VdMistes "d'un certain niveau" ne seraient pas sympas ? Voir par ex les commentaires de cette sortie : on semble plutôt content de rouler avec nous, n'est-ce pas ?
Nous avons d'ailleurs fait une sortie facile sur les Glières, avec la mère d'Adrien. En plein mois d'août, un dimanche, pas vu un seul VTT. [pluc, le 01.09.12]
Tout est histoire de contexte. La connerie s'exporte.
Imaginons ce con (les Tartarins sont du Sud ), certainement issu du tissu local, convaincu de ses critères de jugement bien fondés quant au portage d'une bicyclette en terrain montagneux.
Imaginons le, en plein Tibet, à l'assaut de sommets inaccessibles sans la cohorte de sherpas, totalement dévoués et soumis, au seul plaisir égoïste d'Occidentaux ...
Cette image lui paraitrait louable.
Faudrait lui demander, en fait :) [Le ded, le 01.09.12]
"tu veux insinuer que les VdMistes "d'un certain niveau" ne seraient pas sympas ?"
Ouh là là, pas du tout !! Je traine très très souvent dans les Aravis (souvent à pied), et je n'ai rencontré que des gens sympas sur leur vélo, qui faisaient des sommets ou pas (dont le Charvin, qui doit mériter que tu reviennes dans les Aravis, au regard de tes programmes de sortie) et avec qui j'ai souvent eu des échanges tout aussi sympas ! Donc j'ai indiqué que les gens étaient sympas, parce qu'ils... étaient sympas, tout simplement. Ceux que je n'ai pas croisés ou qui faisaient autre chose étaient probablement sympas aussi, à quelques exceptions près (cf les cons de Guillaume ci-dessus) !!
J'ajoute que tes sorties me donnent des idées, dans mon secteur comme dans les Hautes Alpes dont je suis originaire. Ton tour de Ceuze m'a par exemple ouvert les yeux sur pas mal de possibilités ! Simplement, j'adapte à mon niveau, car je me mets seulement au VTT, et j'ai un peu de mal à trouver dans la région des sorties abordables. Mea culpa. (Je n'ai toujours pas d'info sur mon patou, par contre ;o)) [olivierC, le 01.09.12]
Les surfers passent des heures à attendre les vagues. C'est totalement absurde. Et tellement jouissif l'espace de quelques secondes d'éternité. Le ratio montée à pied / descente à vélo est bien plus intéressant, donc pas si absurde que cela. idem pour les pauvres skieurs de rando. Ils n'ont toujours pas compris qu'il existe des remontées mécaniques. Oui oui, j'ai bien dit mécaniques !!
Le pire, ce sont les base jumpers. 4h de montée pour 6 secondes de saut. Vive les salles de fitness !! [Inn, le 04.09.12]
"skieurs de rando"
En Français, ce serait plutôt Randonneurs à skis ...et sans troller! [Le ded, le 04.09.12]
Ski de rando > skieurs de rando ne semble pas complètement débile non plus. Si tu veux être un randoneur à ski OK, je préfère autant être un skieur de rando. Ca va plus vite... [Inn, le 04.09.12]
Il y a aussi des remontées mécaniques pour les VTT, et les pauvres VdMistes ne l'ont toujours pas compris, sauf exceptions : certaines sorties d'Adrien et moi, la Transvésubienne (1500 m de D- bonus !), etc...
Donc certains l'ont bien compris (sans l'avouer ?)
Pourtant, bien que je n'aime pas particulièrement la montée (je n'arriverais jamais à monter si je ne m'attendais pas à de belles descentes), faire uniquement de la descente m'a toujours laissé un sentiment d'insatisfaction. Allez savoir pourquoi. [pluc, le 04.09.12]
Parce qu'il te manquera toujours le plaisir de la descente "récompense" d'un effort fourni, et qu'en plus, au cours de la montée on a bien plus de temps pour contempler le paysage qu'à la descente.

Perso je ressens aussi cette différence avec la même combe descendue en ski de randonnée ou en freeride. Le plaisir est différent !

Donc, les remontées/assistances mécaniques, contrairement à ce que l'on pourrait penser, m'enlèvent du plaisir plutôt que de m'en rajouter.

Après, comme tout le monde, de temps en temps je fais des exceptions... Mais je n'en fais pas une règle. [Phil'Ô, le 21.09.12]